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Cadre géopolitique
Attentat de Kigali: “la vérité a gagné”? Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
02-02-2012
Point de vue | LEMONDE.FR | 31.01.12 | 09h19 • Mis à jour le 31.01.12 | 09h19
par Filip Reyntjens, professeur à l'Université d'Anvers et auteur de Rwanda. Trois jours qui ont fait basculer l'histoire (Paris, L'Harmattan, 1995)



Le 10 janvier dernier, les juges Trévidic et Poux ont communiqué aux parties un rapport d'expertise sur la destruction en vol, le 6 avril 1994, de l'avion présidentiel rwandais, événement déclencheur du génocide. Il ne s'agit pas d'un rapport des juges, mais d'un important élément versé au dossier d'instruction qui contient de très nombreuses autres informations.

Il n'est pas étonnant que les avocats des personnes mises en examen, sept officiers de l'armée rwandaise, aient relevé, lors d'une conférence de presse, les éléments du rapport qui semblent favorables à leurs clients, qu'ils en aient donné une lecture sélective et qu'ils aient affirmé que “la vérité a gagné”. Il est normal également que le gouvernement rwandais ait accueilli le rapport avec satisfaction et affirmé que cette “vérité scientifique” met un terme aux accusations portées contre lui.

Ce qui est nettement moins normal est la façon dont la presse et certains autres commentateurs ont immédiatement tiré des conclusions péremptoires et définitives, alors qu'ils n'avaient pas lu le rapport, couvert par le secret de l'instruction, et qu'ils ne pouvaient se baser que sur ce que les avocats des mis en examen en aient dit et, peut-être, sur leur propre intime conviction. Ils font ainsi dire au rapport ce qu'il ne dit pas, en l'occurrence que l'attentat a été commis par les FAR de Habyarimana. Des propos parfois très durs et définitifs ont été tenus. Ceux qui ont osé suggérer que le FPR pourrait être derrière l'attentat sont accusés de négationnisme et ceux qui n'adhèrent pas à ce qui semble être soudainement devenu politiquement correct sont violemment pris à partie, voire même intimidés. Ainsi, les avocats des mis en examen annoncent qu'ils vont porter plainte pour "tentative d'escroquerie au jugement en bande organisée". Certaines de ces affirmations pourraient bien avoir pour but d'orienter la suite de l'instruction, puisque, maintenant que "la vérité est connue", il serait plus difficile pour les juges de conclure à une autre vérité.
Ayant fait des recherches sur cette affaire, j'ai été fort sollicité par les médias qui souhaitaient entendre mes commentaires. J'ai systématiquement refusé de me prononcer, puisque je ne pouvais commenter un rapport que je n'avais pas lu. Maintenant que le rapport d'expertise est disponible grâce à une fuite dont j'ignore l'origine, une analyse peut être proposée. Elle débouche sur des conclusions bien moins tranchées que celles qu'on a pu entendre ces dernières semaines.
Le rapport d'expertise tente de donner des réponses à deux questions principalement : l'endroit d'où les missiles ont été tirés et le type des missiles utilisés. Deux données techniques autorisent les experts à désigner les endroits de tir les plus probables: d'une part, le point d'impact du missile qui a touché l'avion, d'autre part des données acoustiques sur le bruit du souffle de départ des missiles que des témoins ont entendu. Notons que l'expert acousticien ne s'est pas rendu sur les lieux, mais a effectué une simulation sur un terrain militaire en France. Quant à l'endroit où l'avion a été touché, les experts se basent sur une approche normale, alors que l'avion aurait pu être dévié de sa trajectoire par le premier missile ou que le pilote aurait pu effectuer une manœuvre d'évitement, possibilité d'ailleurs signalée dans le rapport. Sur cette double base technique, l'expertise privilégie deux endroits à l'intérieur du domaine militaire de Kanombe, le cimetière et une position en bas du cimetière, tout en notant que la zone Masaka se situe dans le prolongement des endroits retenus.
Les experts estiment également que la position de Masaka est la meilleure de celles étudiées et que celles retenues offrent une probabilité d'atteinte de l'avion moins élevée, mais qu'elle était suffisante pour que, sur les deux missiles tirés, l'un d'eux puisse toucher l'avion. Plusieurs points doivent être notés à ce sujet. D'abord, contrairement à ce qu'ont affirmé de nombreux commentateurs, ces endroits ne se trouvent pas à l'intérieur du camp militaire de Kanombe (ce qui en toute probabilité désignerait les FAR), mais à la lisière d'un vaste domaine militaire d'une centaine d'hectares. Ce domaine n'était ni clôturé ni gardé. Les experts estiment en outre que le périmètre de lancement pourrait s'étendre vers l'Est ou le Sud, de l'ordre d'une centaine de mètres voire plus, ce qui situerait l'endroit de tir en dehors du domaine militaire.
Ensuite, deux importants témoins cités dans le rapport ont vu les traînées des missiles à travers la baie vitrée à l'arrière de la maison qui est située à la limite du domaine et qui est orientée vers la vallée de Masaka. Dans une déposition faite devant l'auditorat militaire belge le 13 avril 1994, une semaine après les faits, le colonel médecin Daubresse déclare qu'il a vu "regardant en direction de l'est (c'est-à-dire les environs de Masaka), monter de la droite vers la gauche, un projectile propulsé par une flamme rouge-orange" à une distance maximale de cinq km et une distance minimale de un km (les deux endroits retenus par les experts se situent à 116 et 203 mètres respectivement de la maison). Cette observation est confirmée le même jour par son collègue le colonel médecin Pasuch. Ces deux témoins ne situent donc pas le départ des missiles à l'intérieur du domaine militaire, mais dans la direction de la vallée de Masaka.
Enfin, puisque le lieu dit "La Ferme" dans la vallée à côté de Masaka a été cité comme lieu de départ des missiles, il est étonnant qu'aucun témoin de Masaka n'ait été entendu par les experts ni dès lors que leurs déclarations aient été vérifiées du point de vue acoustique. Or en octobre 1994 des témoins de Masaka m'ont dit avoir vu les missiles partir des environs de "La Ferme", et cela à un moment où ni eux ni moi ne nous rendions compte de l'enjeu que constitue l'endroit de départ des tirs. On constate donc que l'expertise technique ne correspond pas forcément aux observations de témoins oculaires, et il appartiendra à l'instruction d'évaluer la force probante de ces données contradictoires.
Quant aux missiles utilisés, le rapport d'expertise conclut, par un processus d'élimination, à la probabilité qu'il s'est agi de SA16 d'origine soviétique. Les experts soulignent que leur conclusion n'est pas influencée par la découverte, près de "La Ferme" quelques semaines après l'attentat, de deux tubes de lancement de missiles SA16. Les experts notent que 50 à 60 heures de formation sont nécessaires pour pouvoir se servir de ces armes et qu'un novice ne peut pas mettre en œuvre un tel système. Or les anciennes FAR ne possédaient pas de missiles sol-air (elles avaient en vain tenté d'en acquérir), alors que le FPR s'en était servi pendant la guerre. Le juge Bruguière avait déjà établi que les missiles dont les lanceurs ont été trouvés près de "La Ferme" avaient été vendus par l'Union soviétique à l'Ouganda. Mes sources haut placées dans l'armée ougandaise affirment qu'ils faisaient partie d'un lot plus tard cédé au FPR.
Ces quelques constats montrent simplement que ceux qui ont affirmé qu'avec le rapport d'expertise, "la vérité est connue" aiment les histoires simples. Même si je pense toujours que les faisceaux d'indications désignent plutôt le FPR que les FAR comme auteur de l'attentat, je ne prétends pas connaître la vérité. Ce sera aux juges Trévidic et Poux de décider, à l'issue de leur instruction, sur base de tous les éléments du dossier et –surtout? en toute indépendance, si oui ou non il sera nécessaire de transmettre le dossier pour poursuites éventuelles. Puisque le gouvernement rwandais a salué le sérieux des deux juges, il faut espérer que leur décision mettra fin à une controverse vieille de près de 18 ans.

 
Rwanda : les idiots utiles de Kagame Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
30-01-2012
Rony Brauman, Jean-Hervé Bradol et Claudine Vidal

Les découvertes du juge Trevidic ont relancé la polémique sur le Rwanda, une partie de la presse exonérant Kagame de ses responsabilités passées et présentes. « De tout temps, les conteurs comme leurs publics ont préféré les histoires où les bons combattent les méchants plutôt que celles où des salauds en affrontent d'autres » : Rony Brauman, ex-président de Médecins sans frontières, Jean-Hervé Bradol ( Fondation Médecins sans frontières) et Claudine Vidal (CNRS), tentent de mettre en lumière les véritables enjeux des réactions à l'expertise balistique du juge Trevidic



Depuis dix-huit ans, des centaines de milliers de morts, rwandais et congolais, sont imputables au Front patriotique rwandais (FPR) mais aucun de ses membres n'a été condamné pour ces faits. Les sources existent, elles sont connues. Comment expliquer une telle absence de réponse face à ce qui peut être considéré comme des crimes contre l'humanité ? La quasi-unanimité de la presse française sur les prétendues conclusions du rapport balistique commandé par les juges français chargés d'instruire la plainte des familles dont les membres sont morts dans l'attentat contre l'avion du président Habyarimana, le 6 avril 1994, fournit une nouvelle opportunité de comprendre comment le régime de Kigali assure son impunité. 
 
Voir la suite de l’article sur le site de Marianne (cliquez ici) Rwanda : les idiots utiles de Kagame
 
"Ignominieux" : réaction de Stephen Smith à l'article de Libération du 11 Janvier 2012 Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
30-01-2012
Stephen Smith, Chargé de l'Afrique à «Libération» de 1988 à 2000, aujourd'hui professeur à l'université de Duke, aux Etats-Unis

 
 «Irréfutable». Ce mot, qui a barré la une de Libération le 11 janvier, m'est resté en travers de la gorge. Non pas, comme le présument les auteurs des articles qui me citent nommément, parce que je ferais partie «des experts, des journalistes et des responsables français qui ont dû se sentir mal à l'aise» au lendemain de la présentation, au palais de justice de Paris, du rapport d'enquête sur l'attentat contre l'avion présidentiel qui, le 6 avril 1994, donna le signal du génocide au Rwanda. 
 
 Mais pour une raison que les ossements humains coiffés d'un crâne au-dessous de cette une sans appel viennent frapper d'indécence : l'expertise n'apporte aucune certitude. Non seulement elle ne nous apprend pas qui a déclenché l'extermination des Tutsis, mais surtout inclure parmi les suspects Paul Kagamé et le Front patriotique rwandais (FPR) ne mérite pas l'opprobre «négationniste» que certains, à Libération, jettent sur ceux qui ne pensent pas comme eux.
 
 Je me félicite du travail des juges parisiens, qui relancent une enquête que le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) n'a jamais voulu mener. Cependant, chercher des preuves matérielles si longtemps après les faits, qui plus est dans le champ de mines politique que sont les relations franco-rwandaises, n'est pas tâche facile. Au bout de 314 pages, le rapport d'experts conclut que «la zone de tir la plus probable» pour les deux opérateurs de missiles ayant visé le Falcon-50 est le site de Kanombé, qui abritait le camp de la Garde présidentielle. Les tireurs se trouvaient-ils à l'intérieur ou à l'extérieur de l'enceinte du camp militaire jouxtant la résidence présidentielle ? Le rapport ne le dit pas.
 
 L'élément nouveau est que Kanombé conforte à la fois l'angle de tir et deux témoignages au sujet du bruit de départ des missiles sol-air. 

 Ce qui n'est pas le cas de la ferme de Masaka, trop éloignée pour que ces témoins puissent avoir entendu les tirs. Il s'agit là d'une information importante car, à l'évidence, prendre position autour d'une ferme abandonnée ou aux abords, sinon à l'intérieur du camp de la Garde présidentielle, ce n'est pas pareil - en particulier pour les ex-rebelles du FPR. Mais cet indice efface-t-il tous les autres éléments d'instruction accumulés par la justice française depuis 1998 ? 

 Le régime du général Kagamé cherche à accréditer cette idée en exaltant une «vérité scientifique», qui désignerait comme seuls coupables possibles des Hutus extrémistes. Or, le rapport d'experts confirme, par exemple, que les missiles tirés étaient des IGLA1-SA 16, de fabrication russe. L'armée ougandaise, l'alliée du FPR, en disposait, contrairement aux Forces armées rwandaises.
 
 Le rapport précise que «ce n'est pas un "amateur" ou un néophyte qui peut utiliser correctement ces missiles». Il indique qu'il faudrait 70 tirs d'entraînement, soit 50 à 60 heures d'instruction, «pour devenir un tireur opérationnel». Il faudrait donc croire que, dans une armée ne disposant pas de ce type de matériel, un groupe de conjurés se serait procuré cet armement, et se serait entraîné avec en toute discrétion, pour tuer son commandant en chef suprême, qui résidait en son sein et que ses galonnés fréquentaient au quotidien. 
 
L'éditorial invoque «des officiers mis à la retraite, membres du clan mafieux familial, qui gravitaient autour du chef de l'Etat». Est-ce à dire que le président Habyarimana était un si fervent partisan de la paix qu'il avait mis à pied des membres de sa famille hostiles au partage du pouvoir avec le Front patriotique rwandais (FPR) ? Et que ces intimes ont préféré l'abattre en vol plutôt que dans son sommeil ? Finalement, la France aurait donc eu raison de soutenir à fond l'ancien chef de l'Etat. Les exterminateurs ont dû faire sauter ce verrou pour pouvoir passer à l'acte.
 
 Il m'est reproché d'avoir été «l'un des premiers à incriminer sans preuves le FPR», dans Libération, dès juillet 1994. J'aurais ainsi poussé la porte pour d'autres «négationnistes» tels que André Guichaoua, expert témoin du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), professeur à la Sorbonne et auteur d'un ouvrage de référence (1). C'est ignominieux. En vérité, en se reportant à mon article, on constaterait qu'il examinait plusieurs hypothèses, dont celle de la responsabilité des Hutus extrémistes, sans s'autoriser à conclure «à l'ombre d'un génocide». Dix-sept ans plus tard, j'en suis toujours là. Même si je pense que l'hypothèse du FPR reste la plus plausible, je continue à chercher, faute de preuves… irréfutables. J'aimerais beaucoup que mon ancien journal fasse de même.
 
 (1) «Rwanda, de la guerre au génocide. Les politiques criminelles au Rwanda» (1990-1994), éd. La Découverte, 2010.
 
 
vérité « irréfutable », vraiment ? Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
28-01-2012

Alma Rodinson, journaliste indépendant, remet en cause l’interprétation dominante des expertises concernant l’attentat contre l’ancien président rwandais qui a donné le signal du génocide de 1994.
Article paru dans
Politis n° 1187

Les 11 et 12 janvier derniers, Libération et le Monde nous « révélaient » le mot de la fin concernant l’attentat contre l’avion de l’ancien président rwandais le 6 avril 1994 : « Irréfutable » pour Libération, « Une vérité qui dérange la France », selonle Monde. L’expertise technique, commandée par les juges antiterroristes français et présentée aux avocats des parties le 10 janvier, accuserait les extrémistes hutus et leurs supposés alliés. Sauf qu’à y regarder de plus près, c’est le point de vue de Kigali que cette presse a pris pour argent comptant. Seule la BBC, le 11 janvier, a donné les diverses interprétations des avocats.
Si Libération et le Monde s’étaient donné la peine de recouper l’info, ils auraient interrogé par exemple l’avocat d’une des familles des pilotes, à l’origine de la plainte. Lequel avocat a une toute autre interprétation du rapport. Car le dossier technique ne prétend aucunement révéler l’identité des tireurs.
D’autre part, si le site de Kanombe, privilégié par les experts comme zone de lancement des missiles, peut en effet mener à l’intérieur d’un camp militaire hutu, il peut également conduire à l’extérieur. Peut-on d’ailleurs raisonnablement imaginer que les extrémistes hutus auraient « signé » leurs tirs depuis l’une de leurs bases ? D’autant que l’avantage des missiles portés à l’épaule est précisément leur maniabilité. On ne peut donc exclure des infiltrations de la zone par le FPR. Les forces de l’ONU n’ont-elles pas constaté des brèches dans la clôture du cantonnement du FPR à Kigali à cette époque ? La seule évocation de Kanombe ne démontre donc rien.
Surtout, l’expertise, faute de traces matérielles après presque deux décennies écoulées, s’est appuyée essentiellement sur des témoins fournis par le régime rwandais, les témoins d’autres pistes ayant été écartés par les autorités comme cela avait déjà été le cas lors de l’enquête britannique [1]. D’autre part, pourquoi les témoins de Masaka, lieu qui pointerait plutôt la piste FPR, ont-ils été écartés ? Pourquoi l’expertise acoustique, sur laquelle la partie balistique se fonde, a-t-elle était faite à distance, depuis la France ? On ne sait comment ces pratiques ont pu être acceptées par les experts, ni surtout le crédit que leur accorderont les juges dans leurs conclusions. Mais il est certain que les parties civiles ont de quoi demander une contre-expertise dans un délai de trois mois. La propagande qui tente d’occuper le terrain est d’autant plus douteuse que la même expertise confirme que les missiles sont des SA 16, armes soviétiques qui mènent plutôt en Ouganda, où le FPR était basé à l’époque.
Dans l’ensemble du dossier, le rôle des témoins indépendants pèse lourd. Même s’il y a eu deux ou trois défections, des dissidents du FPR de plus en plus nombreux accusent Kagamé, y compris des ex-intimes de celui-ci. Tandis qu’on ne trouve nul ex-extrémiste hutu, libre de parole, pour accuser son camp depuis 1994...
Pourquoi cet unilatéralisme péremptoire de la presse française ? Sans doute parce que la stratégie du régime de Kigali est très efficace, sur le modèle israélien, avec une exploitation émotionnelle du génocide des Tutsis. Ce qui a, jusqu’à présent, réussi à faire oublier par la justice internationale les graves accusations portées contre Kagamé. Il l’a dit lui même : « Nous utilisons la communication et l’information sur la guerre mieux que quiconque. Nous avons trouvé un nouveau moyen de procéder » [2]. Kagamé est d’autant plus motivé qu’il joue son avenir : comment conserver l’image du sauveteur s’il est accusé d’avoir été le détonateur du génocide ?
Ce qui compte désormais, c’est la réconciliation officielle entre Paris et Kigali. Laquelle commença dès l’arrivée de Sarkozy à la présidence et de Kouchner aux Affaires étrangères. Kagamé veut la mettre à profit pour obtenir la disculpation de ses proches dans l’affaire de l’attentat. Pour le président français, il n’est pas très difficile de mettre « les erreurs d’appréciation » de la France au Rwanda sur le compte de ses prédécesseurs, tout en envisageant de retrouver un rôle en Afrique centrale. Les attaques rwandaises contre le rôle de la France peuvent aujourd’hui s’estomper au prix d’une entente cynique. Ainsi, tout en expiant sa faute passée (et toujours mal explicitée), la France entame une nouvelle relation avec un des pires dictateurs de la planète, sous la bénédiction d’une certaine presse et des faux amis du Rwanda.

[1] Philip Reyntjens, dans la critique du rapport Mutsinzi dans « l’Annuaire des Grands Lacs 2010-11 », éd. l’Harmattan.

[2] Conférence à Oxford le 28 mai 1998, citée par Gérard Prunier dans son ouvrage « Africa’s world war ».

source cliquez ici  : Politis
 
APRES LA VISITE DE PAUL KAGAME Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
03-12-2011

UN BILAN MAGRÉ TOUT POSITIF
 
    Considérant que la visite de Paul KAGAME à Paris constituerait une insulte à l’honneur de la France et de ses soldats, l’association France-Turquoise a mis tout en œuvre pour qu’à défaut de l’annulation de cette visite, une déclaration forte du président de la République, chef des armées, rétablisse publiquement la vérité.

    Cela n’a pas été retenu et nous le regrettons.
 
    Néanmoins, l’action volontariste de l’association et le relais de tous ceux qui se sont engagés à ses côtés ont fait bouger les choses de façon extrêmement positive.
    Tout d’abord, il faut souligner le profil extrêmement bas donné à cette visite :
- le président KAGAME n’a à aucun moment repris ses accusations habituelles à l’encontre de la France,
- il n’a été reçu ni par le président du Sénat, ni par celui de l’Assemblée nationale,
- il n’a pas rencontré le ministre français des Affaires étrangères,
- ses apparitions publiques se sont produites presque en catimini.
 
    Il faut également se féliciter du soutien sans faille apporté par le monde politique, la société civile et militaire ainsi que de nombreuses associations, notamment l’association de soutien à l’armée française (ASAF) qui s’est engagée vigoureusement et a diffusé une pétition qui a recueilli 2 000 signatures. De même, il faut noter l’action de Michel VOISIN, député de l’Ain et vice-président de la commission de la Défense nationale qui a mobilisé le groupe parlementaire de soutien à l’association France-Turquoise à l’Assemblée nationale et fait signer à 18 députés une lettre au président de la République.

    Enfin, si la visite de Paul KAGAME a été  volontairement rendue discrète, elle a été, toujours grâce à l’action de l’association France-Turquoise et de ses soutiens, abondamment commentée par les médias dans une tonalité de plus en plus ouverte aux réalités du drame rwandais ainsi qu’à la vraie nature du régime de Kigali et de moins en moins complaisante à l’égard des calomnies habituelles.
    D’autant que de nouveaux témoignages importants viennent progressivement jeter une lumière difficilement contestable sur ces évènements (lire par exemple le témoignage du docteur Théogène RUDASINGWA en ligne sur ce site).

    La prochaine étape déterminante sera la décision du juge TRÉVIDIC concernant les auteurs de l’attentat du 6 avril 1994.

    On pourra consulter ci-dessous une analyse quantitative des réactions suscitées par la visite de Paul Kagame.
 
RÉACTIONS À LA VISITE DE PAUL KAGAME EN FRANCE

1 -   Soutiens :
  11 -Soutien de responsables politiques et de la société civile :  
       A - Soutien par écrit ou téléphonique au Président de l’AFT,  interventions auprès de l’Elysée et du   gouvernement :  
- Edouard Balladur (ancien Premier Ministre) : lettre de soutien.
- Alain Juppé  (Ministre des AE) : lettre de soutien.
- Gérard Longuet (Ministre de la Défense) : lettre de soutien, intervention auprès du Président de la République (PR).
- Paul Quilés (ancien ministre de la Défense, Pdt mission  Parlementaire sur le Rwanda) : soutien téléphonique au Président de l’AFT, lettre au Président de la République.
- François Léotard (ancien Ministre de la Défense). : lettre de soutien et adhésion à l’association.
- Hubert Védrine (ancien Ministre AE) : lettre de soutien et lettre au Président de la République 
- Bernard Debré (Député) : lettre de soutien et question écrite au Gouvernement
- Michel Voisin (Vice Pdt commission défense AN) : lettre de soutien et lettre au  Président de la République
- Bernard Carayon (député) : lettre au Président de la République 
- Jean Marc Roubaud (député) : lettre au Ministre des AE
- Jean Paul Fournier (Sénateur Maire ) : question écrite au Gouvernement
- Gérard Charasse (député) : lettre de soutien.
- Jean Claude Batteux ( Maire) : soutien téléphonique. Intervention auprès du Président du Sénat
- Monsieur Piselli ( Maire) : soutien 
- 18 députés : lettre commune au Président de la République
( Patrick Beaudouin, Jean Louis Bernard, Claude Bodin, Jean Claude Bouchet, Patrice Calméjane, Bernard Carayon, Jean Pierre Decool, Nicolas Dhuicq, Christophe Guilloteau, Françoise Hostalier, Lionel Luca, Georges Mothron, Alain Moyne-Bressand, Christian Vanneste, Michel Voisin, Pascal Brindeau, Francis Hillmeyer, Gérard Charasse.)
- Xavier de Villepin (Ancien Sénateur) : soutien téléphonique. Intervention auprès Ministre AE
- Professeur Gentilini (ancien Pdt Croix Rouge) : soutien téléphonique. Intervention à l’Elysée.
- Denis Tillinac (écrivain) : lettre de soutien.
- Bernard Prévost (Ancien Préfet et ambassadeur en RDC): soutien 
B -  Soutien moral de responsables politiques:
- Gérard Larcher (Président du Sénat) : refus de recevoir Paul Kagamé au Sénat.

12 -  Soutien d’associations patriotiques :
- ASAF : Relais du message AFT avec envoi du mémorandum sur son réseau de communication et vers tous les élus nationaux, lettre au Président de la République (a reçu une réponse de politesse), réalisation d’une pétition (2.000 souscripteurs). L’ASAF prend le dossier Rwanda à son compte comme référence pour l’avenir.
- ANOPEX : lettre de soutien, lettre au Ministre de la Défense.
- FNAOM : soutien.
- FNAP : soutien.
- DPLV : soutien.
- Para au Feu : soutien.
- IHEDN (promotion): soutien.
- Saint Cyrienne : soutien.
- Amicale 8éme Rpima : soutien, intervention auprès des députés et élus locaux.

13 -  Soutien de généraux (2S) :
               Général Coulon- de La Presle- Schmitt- Bertin- Cann- Soubirou- Thomann- Valentin-Delort- 
               Quesnot- Rideau- Pinard Legris.  
               Vice Amiral Martin. 

2 - Médias 

21 - Articles mentionnant l’indignation des militaires français.
-    AFP :            - 10 sept : La prochaine visite de Kagame ravive les passions.
            -10 sept : Visite de Kagame, des députés interpellent.
            - 12 sept : Kagamé interpellé sur les droits de l’homme
 -   Le Monde : - 11 sept : Les retrouvailles calculées de Kigali et de Paris. 
             -15 sept : La réconciliation entre la France et le Rwanda avance à petits pas.
 -    Le Figaro :   -10 sept : La visite à haut risque de Paul Kagame en France.
                           - 13 sept : La France et le Rwanda tournent la page.
-    Libération : - 12 sept : Une réconciliation Franco Rwandaise sous tension.
                          - 30 sept : Chronique de Paul Quilés « le travail de notre mission a été une première ».
-    La Croix :     - 02 sept : Bernard Prévost, le grand saut au Congo.
                           - 10 sept : Des députés interpellent Nicolas Sarkozy.
                           - 11 sept : Ce qui divise les deux pays.
                           - 12 sept : France Rwanda, des officiers français dénoncent la falsification des faits.
-    Valeurs Actuelles : - 8 sept : Une insulte pour la France.
-    L’Express :  - 12 sept : Pourquoi la venue de Kagame fait des vagues.
-    Marianne : - 9 sept : Comment Kagame peut il être reçu à l’Elysée ?
-    Le Journal du Dimanche : - 11 sept : France Rwanda, une visite qui fait des vagues.
                                                   - 28 sept : interview de Paul Quilés.
-    Sud Ouest : - 8 sept : Des anciens de l’opération Turquoise se mobilisent à propos de la visite de Kagame.
-    Ouest France : 9 sept : Le Président rwandais à Paris : des militaires indignés.
-    Nice Matin : - 11 sept : Le Président Kagame arrive à Paris en visite de réconciliation.
-    L’Est Républicain : - 15 sept : La venue de Kagame à Paris était elle opportune ?
-    Le Dauphiné Libéré : - 13 sept : Kagame à Paris dans un climat tendu.
-    Slate Afrique : Kagame fait monter la tension à Paris.

22 - Interviews radios/TV :
- RFI : - 11 sept : une visite qui fait grincer des dents -  IW Gal Lafourcade.
- France Inter : - 10 sept : IW Gal Lafourcade.
- France Culture : - 10 sept : IW Gal lafourcade
- Europe 1 : - 11 sept : IW Gal Lafourcade
- FR3 : - sept : IW Colonel Hogard.

3 -  Articles généraux mettant en cause Kagame et le régime de Kigali.
- 18 juillet : Les dessous de la visite prochaine du Pdt Kagame à Paris (Echos d’Afrique)
- 25 juillet : Visite de Kagame en France, faut il boire le calice jusqu’à la lie ? (Hervé Cheuzeville)
- 2 août : Les sept controverses rwandaises (Hervé Cheuzeville)
- 5 août : Aux armes citoyens : Un général rwandais vient encrasser la France (Jean Luc Tanoh).
- 5 Août : Article Roland Hureaux sur le Rwanda et l’armée française.
- 8 sept : Le vrai visage de Kagame (VA - Bernard Lugan)
- 8 sept : Survie : dénonce le rapprochement Kagame Sarkozy et met en cause le régime de Kigali.
- 15 sept : La Lettre du Continent Kagame en hausse à Paris, en baisse aux Etats-Unis.
- 18 sept : Le Nouvel Observateur : Nicolas Sarkozy invite le Pdt rwandais, c’est une honte (Gérald Kahima). 
- Sept : Marianne : Kagamé a tué plus de gens que Kadhafi.
- 1er Oct : Témoignage de Théogéne Rudasinga sur l’attentat du 6 avril.
- 3 oct : La vérité, enfin (Hervé Cheuzeville).

4 – Divers :
 L’Association française des victimes du terrorisme  (AFVT)  a publié un communiqué exprimant le malaise des victimes de l’attentat du 6 avril.
Devant les réactions négatives, le MEDEF, qui n’a jamais répondu à la lettre d’interpellation du Président de l’AFT, a modifié son programme en déplaçant la réception  de Kagame du siège international du MEDEF à un hôtel.
Au cours de sa conférence de presse, le Président Kagame a été interpellé sur les droits de l’homme dans son pays et sur la nature totalitaire de son régime par des organisations humanitaires.                        



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APRÈS LA VISITE DU PRÉSIDENT KAGAMÉ, LA VÉRITÉ SE FRAIE SON CHEMIN Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
05-11-2011

 

Un des principaux dignitaires du régime rwandais, le docteur Théogène RUDASINGWA, confirme le 1er octobre 2011 que Paul KAGAME a fait abattre l’avion du président HABYARIMANA, assassinant du même coup le président du Burundi, Cyprien NTARYAMIRA, leur suite et l’équipage, et déclenchant en 1994 le génocide au Rwanda. Il avoue avoir menti pendant toutes ces années.

 

Rappelons que Paul KAGAME a toujours prétendu que ce sont les Hutus extrémistes qui ont assassiné le président HABYARIMANA pour faire échouer les accords d’Arusha et déclencher le génocide. S’il se confirme que c’est bien lui qui a été le  commanditaire de cet attentat (et les témoignages de ses ex-partisans commencent à aller dans ce sens), les accusations portées contre la France et ses soldats perdent alors toute crédibilité. Il faudra en tirer toutes les conséquences.

 

Qu’on lise ci-dessous le témoignage du docteur Théogène RUDASINGWA. 

 

«  Le 4 août 1993, à Arusha, en Tanzanie, le gouvernement du Rwanda et le Front patriotique rwandais (FPR) ont signé l'Accord de paix d'Arusha. Les dispositions de l'accord comprennent un engagement à des principes de la primauté du droit, la démocratie, l'unité nationale, le pluralisme, le respect des libertés fondamentales et les droits de l'individu. L'accord contenait encore des dispositions sur le partage du pouvoir, la formation d'une Armée nationale et d'une nouvelle gendarmerie nationale à partir des forces des deux parties belligérantes, ainsi qu'une solution définitive au problème des réfugiés rwandais.

 

Le 6 avril 1994, à 20h25, l’appareil Falcon 50 du Président de la République du Rwanda, avec pour numéro d'immatriculation "9XR-NN", a été abattu au cours de son retour d'une réunion au sommet à DAR-ES-SALAAM en Tanzanie, alors qu’il était en phase d’approche de l'aéroport international de Kanombe à Kigali au Rwanda. Toutes les personnes à bord, dont le président Juvénal Habyarimana, le président Cyprien Ntaryamira du Burundi, l’entièreté de leur entourage ainsi que l'équipage sont morts.

 

La mort du président Juvénal Habyarimana a déclenché le début du génocide qui visait les Tutsi et les Hutu modérés et la reprise de la guerre civile entre le FPR et le Gouvernement du Rwanda. A partir de ce moment, la version affligeante et fausse du FPR a été celle des extrémistes Hutus du camp du Président Habyarimana ayant abattu l'avion afin de faire dérailler la mise en application de l'Accord de paix d'Arusha et de trouver un prétexte pour mettre en œuvre le génocide au cours duquel plus de 800.000 Rwandais sont morts en 100 jours à peine. Cette histoire est devenue prédominante dans certains milieux internationaux, parmi les spécialistes universitaires et parmi certaines organisations de défense des droits de l’homme.

 

La vérité doit maintenant être dite. Paul Kagamé, alors commandant en chef de l'Armée Patriotique Rwandaise, la branche armée du Front Patriotique Rwandais, est personnellement responsable de l'attentat contre l'avion. En Juillet 1994, Paul Kagamé lui-même, avec son insensibilité caractéristique et beaucoup de jubilation, m'a dit qu'il était responsable de l'attentat contre l'avion. Malgré les dénégations publiques, le fait de la culpabilité de Kagamé dans ce crime est aussi un «secret» public au sein des cercles du FPR et des RDF. Comme bon nombre au sein de la direction du FPR, et malgré le fait que je savais que Kagamé était coupable de ce crime, j’ai vendu avec enthousiasme cette version trompeuse de l'histoire, surtout pour les étrangers qui en gros sont arrivés à y croire.

 

L'atmosphère politique et sociale durant la période allant de la signature des Accords d'Arusha en août 1993 a été très explosive. En tuant le président Habyarimana, Paul Kagamé a introduit une "wild card" dans un cessez-le feu déjà fragile. Cela a créé un puissant déclencheur, l'escalade d'un point de basculement vers la reprise de la guerre, le génocide civil et la déstabilisation à l'échelle régionale qui a dévasté depuis la région des Grands Lacs

 

Paul Kagamé doit être immédiatement inculpé pour ce crime et ses conséquences.

 

Tout d'abord, il n'y a absolument rien d'honorable ou d’héroïque de parvenir à un accord de paix avec un partenaire, puis de le poignarder dans le dos. Kagamé et Habyarimana ne se sont pas affrontés sur le champ de bataille, le 6 avril 1994. S’il en avait été ainsi, et si l'un d'eux ou les deux étaient morts, cela aurait été tragique, mais compréhensible, comme une conséquence de la logique de guerre. Le président Habyarimana revenait d'un sommet de la paix et en le tuant, Kagamé a fait preuve de la plus haute forme de trahison. Deuxièmement, Paul Kagamé, un Tutsi lui-même, a joué un jeu cynique avec la vie des innocents Tutsi et Hutu modérés qui ont péri au cours du génocide. Alors que l'assassinat du président Habyarimana, un Hutu, n'a pas été une cause directe du génocide, il a fourni une motivation puissante et a mis en branle ceux qui ont organisé, mis en route et exécuté le génocide contre les Tutsi et les Hutu modérés. Troisièmement, en tuant le président Habyarimana, Kagamé a fait définitivement dérailler le processus de paix déjà fragile d’Arusha en une dangereuse chasse au pouvoir absolu au Rwanda. Kagamé craignait le document et l'esprit de l'Accord de paix d'Arusha. Comme la suite des événements le démontre aujourd'hui, Kagamé ne croit pas à l'unité des Rwandais, à la démocratie, au respect des droits de l'homme et des autres libertés fondamentales, à la primauté du droit, au partage du pouvoir, aux institutions de sécurité intégrées et responsables à caractère national, ni à la résolution une fois pour toutes du problème des réfugiés. C'est tout cela que représentait l'Accord de paix d'Arusha. C'est ce qui manque aujourd'hui au Rwanda. Enfin, et non le moindre argument, le récit mensonger, les dénégations et les tromperies de Kagamé et du FPR ont conduit à une justice partiale, tant au Rwanda qu’au Tribunal Pénal International pour le Rwanda, compromettant ainsi les perspectives de justice pour tous les Rwandais, la réconciliation et la guérison. La communauté internationale est, sciemment ou inconsciemment, devenue complice dans le jeu systématique et honteux du mensonge de Kagamé. 

 

Je n'ai jamais fait partie de la conspiration en vue de commettre ce crime odieux. En fait, j'en ai entendu parler initialement à la BBC vers 01h00 am, le 7 avril 1994, alors que j'étais à Kampala, où j'assistais à une conférence du Mouvement panafricain.

 

Je crois que la majorité des membres du FPR et l'APR, civils et combattants comme moi, n’ont pas fait partie de cette conspiration meurtrière qui été initiée et organisée par Paul Kagamé et exécutée sur ses ordres. Néanmoins, j'ai été Secrétaire Général du FPR et major dans l'armée rebelle, l'APR. C’est à cet égard, dans le contexte de la responsabilité collective et avec un esprit de vérité, à la recherche du pardon et de guérison, que je tiens à dire que je suis profondément désolé de cette perte de vie et demande pardon aux familles de Juvénal Habyarimana, Cyprien Ntaryamira, Déogratias Nsabimana, Elie Sagatwa, Thaddée Bagaragaza, Emmanuel Akingeneye, Bernard Ciza, Cyriaque Simbizi, Jacky Héraud, Jean-Pierre Minaberry, et Jean-Michel Perrine. Je demande aussi pardon à tous les Rwandais, dans l'espoir que nous devons à l'unanimité rejeter catégoriquement le meurtre, la trahison, le mensonge et la conspiration comme armes politiques, éradiquer l'impunité une fois pour toutes et travailler ensemble pour construire une culture de la vérité, du pardon, de la guérison et de la primauté du droit. Je demande pardon au peuple du Burundi et de la France dont des dirigeants et des citoyens ont été tués par ce crime. Surtout, je demande pardon à Dieu pour avoir menti et caché le mal depuis trop longtemps. En disant librement la vérité devant Dieu et le peuple rwandais, je comprends parfaitement les risques que je prends, compte tenu de la vindicte légendaire de Paul Kagamé et sa soif insatiable de répandre le sang des Rwandais. C'est un risque partagé que les Rwandais supportent quotidiennement dans leur quête de liberté et de justice pour tous. Ni la puissance, ni la gloire, ni l'or, ni l'argent ne sont une motivation pour moi dans ces questions de mort qui ont défini notre nation depuis trop longtemps. La vérité ne peut pas attendre demain, parce que la nation rwandaise est très malade et divisée et ne peut ni se reconstruire, ni guérir, sur des mensonges. Tous les Rwandais ont besoin de toute urgence de la vérité aujourd'hui. Notre recherche individuelle et collective de la vérité nous rendra libre. Lorsque nous serons libres, nous pourrons librement nous pardonner les uns les autres et commencer à vivre pleinement et enfin guérir. »

 

Dr Théogène Rudasingwa

 

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Aucun pays ne s'est mobilisé autant Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
19-10-2011

Tribune de Bernard Valero, porte-parole du ministère des Affaires étrangères et européennes, parue dans "Libération" (17 octobre 2011)

Je réagis à l'article de Dominique Franche que vous avez publié le 30 septembre sur l'honneur de la France au Rwanda et je veux dire mon indignation. Cet article à charge cherche en quelques lignes à démonter le travail considérable d'enquête conduit par la mission Quilès de 1998, et dont le rapport compte plusieurs milliers de pages et les auditions de tous les responsables et autorités concernés. Aucun rapport, ni aucune étude n'ont depuis lors interrogé et entendu autant de témoins. La mission d'enquête a conclu sans ambiguïté à l'absence de responsabilités de la France dans le génocide.

Bien sûr, on peut toujours dire que notre pays aurait pu faire mieux, mais ce serait aussi intéressant d'avoir l'honnêteté de rappeler certains faits.

Que c'est la France, la première, qui a décidé un embargo sur les armes, le 8 mai 1994. Que c'est aussi la France par la voix de son ministre des Affaires étrangères de l'époque, Alain Juppé, le 15 mai 1994, qui a parlé la première de « génocide ». Que c'est encore et enfin la France qui est le seul Etat au monde à avoir risqué la vie de ses soldats pour sauver des Rwandais et pour mener la seule opération humanitaire d'ampleur au Rwanda. Le gouvernement français a obtenu le feu vert du Conseil de sécurité par la résolution numéro 929 en date du 22 juin 1994.

L'opération Turquoise s'est exactement déroulée dans les conditions fixées par la résolution des Nations unies. Elle a permis de sauver des centaines de milliers de vies. Turquoise a également protégé des dizaines de sites de regroupement de civils tutsis et permis aux ONG d'accéder en toute sécurité à ces populations. Son mandat n'était en aucune manière de faire la guerre, mais de mener une opération humanitaire, nettement définie dans le temps et dans l'espace. Elle l'a remplie dans des conditions qui font honneur à l'armée française et à notre pays, jusqu'à ce qu'enfin arrivent sur place les Casques bleus de la Minuar II, fin août 1994.

Il faudrait quand même avoir l'honnêteté de rappeler tout cela et de souligner aussi qu'aucun autre pays ne s'était mobilisé comme nous l'avions fait à l'époque.

Devant la carence de la communauté internationale et les obstacles mis par certaines grandes puissances aux demandes du secrétaire général de l'ONU, la France a été la seule à avoir un sursaut de courage.

Qu'a fait le reste de la communauté internationale ? Avant de mettre en cause la France et ses responsables publics, civils et militaires, il serait bon que l'on s'interroge sur l'attitude de ceux qui n'ont rien dit, qui n'ont rien fait, qui n'ont rien tenté. Pourquoi n'en parlez-vous jamais et pourquoi ne posez-vous pas aussi ces questions ?

Non content de ressortir des accusations sans fondement, l'article pousse l'outrance à avancer des hypothèses totalement absurdes (la France qui aurait décidé de tirer sur l'avion du Président). Trop c'est trop.
Finalement, la personne qui a le mieux répondu à la question que posait Libération à sa une du 12 septembre (« Génocide rwandais : la France s'excusera-t-elle ? »), c'est le président Kagame lui-même lorsqu'il a dit, sur le perron de l'Elysée, officiellement et comme pour clore ce débat inutilement prolongé : « Je n'attends pas d'excuses de la France. »
SOURCE : France - Ministry of Foreign Affairs

LIEN   http://www.liberation.fr/monde/01012366010-aucun-pays-ne-s-est-mobilise-autant

  

 
Lu dans MARIANNE 2 Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
11-09-2011

  

Comment Kagame peut-il être reçu à l'Elysée ?

 
Lu dans Valeurs Actuelles : Kagamé : une insulte à la France Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
09-09-2011

La France a renversé Mouammar Kadhafi et tance son alter ego syrien Bachar el-Assad. C’est tout à son honneur. Elle s’apprête pourtant à recevoir un autre autocrate au discours particulièrement anti-français : Paul Kagamé, chef de l’État rwandais depuis dix-sept ans. Cette visite officielle (du 11 au 13 septembre) pourrait sembler normale dans le cadre de l’apaisement des relations entre la France et le Rwanda. Dans les conditions actuelles, elle est en réalité une insulte à la France et à son armée.

Connu pour sa brutalité à l’égard de ses opposants, jugé par l’Onu responsable d’atrocités de masse au Congo, le régime Kagamé est sous le coup d’une cinquantaine de mandats d’arrêts internationaux, émis contre ses principaux caciques. Il a réagi par une politique systématique d’insultes contre la France : Kigali accuse trente-trois personnalités françaises, civiles et militaires, dont Alain Juppé, alors ministre des Affaires étrangères, de « crimes contre l’humanité et de complicité de génocide », pour leur rôle dans le génocide commis par les Hutus contre les Tutsis (l’ethnie de Kagamé) entre avril et juin 1994 (entre 500 000 et 800 000 morts).

Comme la visite de Kadhafi à Paris en 2007, ce séjour de Kagamé suscite l’indignation de ceux qui estiment que la France doit savoir se faire respecter. Malgré les appels pressants des officiers salis par Kagamé, Nicolas Sarkozy ne s’est pas encore exprimé sur ce dossier.

Regroupés dans l’association France Turquoise (nom de cette opération humanitaire exemplaire qui permit de sauver plusieurs dizaines de milliers de vies), les anciens du Rwanda sont déçus. « On s’est bien fait balader », disent ces hommes qui ont servi leur pays dans des conditions particulièrement difficiles. Ce silence du chef de l’État, chef des armées, est une souffrance : « Si rien n’est fait, une telle visite ne pourra que contribuer à inscrire dans l’Histoire l’affirmation selon laquelle des soldats français ont participé au génocide rwandais en 1994 », estime le général Jean-Claude LAFOURCADE, président de France Turquoise (www.france-turquoise.fr).

Bernard Kouchner, ami personnel de Kagamé, naguère au Quai d’Orsay, avait bloqué ce dossier. Alain Juppé a fait renaître l’espoir. Il dénonce un « tissu de mensonges ». Cela ne suffit plus. Avec l’ancien premier ministre Édouard Balladur, lui aussi mis en cause, il doit obtenir que Nicolas Sarkozy honore enfin l’engagement de nos troupes au Rwanda. Sans ce soutien et sans les excuses de Kagamé, le monde pourra croire qu’on peut venir insulter “officiellement” la France et ses soldats à Paris.  

 Frédéric PONS 

(article paru dans Valeurs Actuelles du  08/09/2011) 

 
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