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ET A KIGALI, QUE SE PASSE-T-IL ?
29-04-2013

Malgré la chape de plomb qui pèse sur les médias afin de faire passer une image idyllique de la situation intérieure rwandaise, les langues se délient : le moins qu’on puisse dire, c’est que le régime qui accuse les soldats français de crimes contre l’humanité est loin d’être exemplaire au regard de la démocratie et des droits de l’homme. A l’heure où la désinformation sur le Rwanda règne, le rapport annuel d’Human Rights Watch, dont l’objectivité ne peut être mise en doute, apporte des éléments intéressants sur la réalité du régime en recensant les atteintes à la liberté d’expression, les tortures et les dénis de justice.

 

JANVIER 2013    RAPPORT HUMAN RIGHTS WATCH RÉSUMÉ PAYS

RWANDA

Le Rwanda a réalisé d'importants progrès économiques ainsi qu’en matière de développement, mais le gouvernement a continué à imposer des restrictions sévères sur la liberté d'expression et d'association. Les partis d'opposition sont dans l’incapacité de fonctionner. Deux dirigeants de l'opposition sont toujours en prison, et d'autres membres de leurs partis ont été menacés. Deux journalistes arrêtées en 2010 demeurent également en prison, et plusieurs autres ont été arrêtés. Les lois relatives à l’« idéologie du génocide » et aux médias ont été révisées, mais n'avaient pas encore été adoptées au moment de la rédaction de ce rapport.

Les tribunaux communautaires gacaca mis en place pour juger les affaires liées au génocide de 1994 ont pris fin en juin 2012. Le procès de Jean Bosco Uwinkindi, la première affaire transférée au Rwanda par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), a débuté à Kigali.

Plusieurs gouvernements ont suspendu une partie de leur aide au Rwanda en réponse au soutien militaire rwandais apporté au groupe rebelle M23 en République démocratique du Congo (RDC).

Les opposants politiques

Bernard Ntaganda, président fondateur du parti d'opposition PS-Imberakuri, est resté en prison après que la Cour suprême a maintenu en avril des accusations d’atteinte à la sûreté de l'État et de divisionnisme, et a confirmé sa peine de quatre ans d’emprisonnement prononcée en 2011. Les accusations étaient liées uniquement à ses critiques publiques à l’égard du gouvernement.

Plusieurs autres membres du PS-Imberakuri ont été victimes de menaces et d’actes d’intimidation, et ont été interrogés par la police au sujet de leurs activités politiques. Le 5 septembre, Alexis Bakunzibake, vice-président du parti, a été enlevé dans la capitale, Kigali, par des hommes armés qui lui ont bandé les yeux et l’ont placé en détention jusqu'au lendemain dans un endroit qu'il n'a pas pu identifier. Ses ravisseurs l'ont interrogé à propos des activités du PS-Imberakuri, de ses adhérents et de son financement, et au sujet de ses liens présumés avec d’autres groupes d'opposition. Ils ont essayé de le convaincre d'abandonner ses activités au sein du parti, puis l'ont conduit vers une destination inconnue avant de l’abandonner de l’autre côté de la frontière, en Ouganda.Le procès de Victoire Ingabire, présidente du parti FDU-Inkingi, qui a débuté en septembre 2011, a pris fin en avril. Elle a été accusée de six infractions, dont trois ont été liées à des « actes terroristes » ainsi qu’à la création d'un groupe armé. Les trois autres chefs d’accusation — « idéologie du génocide », divisionnisme et propagation de rumeurs visant à inciter le public à se soulever contre l'État — étaient liées à ses critiques publiques à l’égard du gouvernement. Le 30 octobre, après un procès entaché d'irrégularités, elle a été reconnue coupable de complot visant à porter atteinte au pouvoir établi ainsi que de négation du génocide, et condamnée à huit ans de prison. Il y a eu des doutes quant à la fiabilité de certains éléments de preuve après qu’un témoin cité par la défense a jeté le

doute sur la crédibilité de l'un des co-accusés de Victoire Ingabire. Il se peut que ce co-accusé ait été contraint à incriminer Victoire Ingabire alors qu’il se trouvait en détention militaire. Le témoin (un prisonnier) a fait l'objet d'intimidations après avoir fait sa déposition. Les autorités pénitentiaires ont fouillé sa cellule sur ordre du ministère public et ont saisi ses documents personnels, notamment des notes qu'il avait préparées pour sa déclaration devant la cour. Au tribunal, le procureur a confirmé la fouille en produisant les notes en question.

En septembre, huit membres des FDU-Inkingi ont été arrêtés à Kibuye et accusés de tenir des réunions illégales. Ils ont été inculpés d'incitation à l'insurrection ou de troubles à l’ordre public et placés en détention préventive. Toujours en septembre, Sylvain Sibomana, secrétaire général des FDU-Inkingi et Martin Ntavuka, le représentant des FDU-Inkingi à Kigali, ont passé la nuit en détention policière près de Gitarama après avoir exprimé des commentaires critiques sur les politiques gouvernementales au cours d'une conversation informelle dans un bus. Ils ont été libérés sans inculpation. Frank Habineza, président du Parti vert démocratique du Rwanda qui avait fui le pays en 2010 après l’assassinat du vice-président du parti, est retourné au Rwanda en septembre pour relancer son parti et l'enregistrer avant les élections législatives en 2013. Le parti a dû reporter son congrès prévu pour novembre parce que le gouvernement n'a pas accordé l'autorisation nécessaire. Le procès de six hommes accusés d'avoir tenté d'assassiner le général Kayumba Nyamwasa, un ancien haut gradé de l'armée qui est devenu un détracteur ouvertement critique à l’égard du gouvernement, à Johannesburg en 2010, s'est poursuivi en Afrique du Sud.

Les journalistes

Le Parlement a approuvé de nouvelles lois sur les médias, qui en théorie pourraient accroître la portée d'un journalisme indépendant. Les lois étaient en attente d'adoption au moment de la rédaction de ce document. Dans la pratique, les journalistes continuent d'être pris pour cible en raison d’articles perçus comme critiques envers le gouvernement. Agnès Uwimana et Saidati Mukakibibi, deux journalistes d’Umurabyo qui ont été arrêtées en 2010, sont restées en prison. Après avoir été condamnées en 2011 respectivement à 17 ans et 7 ans d’emprisonnement, en lien avec des articles publiés dans leur journal, elles ont fait appel du verdict. Le 5 avril, la Cour suprême a réduit leur peine à quatre et trois ans, respectivement. La Cour a maintenu les accusations d’atteinte à la sûreté de l’État contre les deux femmes, ainsi qu’un chef d’accusation de diffamation contre Agnès Uwimana. La Cour a abandonné les accusations de minimisation du génocide de 1994 et de

divisionnisme contre Agnès Uwimana. En août, Stanley Gatera, rédacteur en chef du journal Umusingi, a été arrêté et accusé de discrimination et de sectarisme en lien avec un article d'opinion publié dans son journal à propos de la stabilité conjugale et des problèmes posés, d’après l'auteur, par l'attrait supposé des femmes tutsies. Il a été condamné à un an de prison en novembre. En avril, Epaphrodite Habarugira, un présentateur de Radio Huguka, a été arrêté et accusé d'idéologie du génocide après avoir apparemment par mégarde, au cours d'un journal d’informations, confondu des termes en se référant aux rescapés du génocide. Il a passé trois mois en prison avant d'être acquitté en juillet. Le procureur de la République a fait appel de son acquittement. Idriss Gasana Byringiro, reporter au journal The Chronicles, a été enlevé le 15 juin, interrogé à propos de son travail et de son journal, et libéré le lendemain. Au cours des jours suivants, il a reçu des menaces anonymes, le sommant de renoncer au journalisme. Il a signalé son enlèvement et les menaces à la police. Le 17 juillet, la police l'a arrêté. Deux jours plus tard, il a été présenté lors d'une conférence de presse où il est revenu sur ses déclarations antérieures et a affirmé qu'il avait feint son propre enlèvement. Les premières informations indiquent qu'il a peut-être été contraint à faire cet « aveu ». Il a été libéré sous caution et, au moment de la rédaction de ce rapport, il était toujours en attente de son procès pour avoir soi-disant fait une fausse déclaration à la police. En juin, Tusiime Annonciata, un journaliste de Flash FM, a été battu jusqu'à perdre connaissance par des personnels de police et de la sécurité devant le Parlement, après que ceux-ci l’aient accusé d'avoir tenté de s’introduire dans une session d’une commission parlementaire sans autorisation. Charles Ingabire, rédacteur en chef du journal en ligne Inyenyeri News et un critique virulent du gouvernement, a été abattu dans la capitale ougandaise, Kampala, le 30 novembre 2011. Il avait reçu des menaces dans les mois qui ont précédé sa mort. La police ougandaise a déclaré qu'elle enquêtait sur l'affaire, mais personne n'a été poursuivi pour le meurtre d’Ingabire.

Société civile

Les organisations indépendantes de la société civile sont restées faibles en raison d’années d'intimidation de la part de l'État. Peu d'organisations rwandaises ont dénoncé publiquement les violations de droits humains. Le gouvernement rwandais et les médias pro-gouvernementaux ont réagi de manière hostile à l'égard des organisations internationales de défense des droits humains et ont tenté de discréditer leur travail. Loi sur l’idéologie du génocide. En juin, le Conseil des ministres a approuvé une version amendée de la loi de 2008 concernant l'idéologie du génocide, qui a été utilisée pour faire taire les critiques. Au moment de la rédaction du présent document, la loi révisée était soumise au Parlement. La loi révisée contient des améliorations, en particulier une définition plus précise de l'infraction et une réduction des peines de prison. Toutefois, cette loi a conservé la notion d’« idéologie du génocide » comme une infraction pénale passible d'emprisonnement et elle comporte des termes vagues qui pourraient être utilisés pour criminaliser la liberté d'expression.

Justice pour le génocide

Les tribunaux communautaires gacaca, qui ont été mis en place pour traiter les affaires liées au génocide, ont pris fin en juin, après avoir jugé presque deux millions d’affaires, selon les statistiques gouvernementales. Dans le cadre de la première affaire à être transférée par le TPIR, Jean Bosco Uwinkindi a été envoyé d'Arusha, en Tanzanie, au Rwanda en avril afin d’être traduit en justice pour

génocide. Les audiences préliminaires ont eu lieu à Kigali. Le TPIR a accepté de transférer sept autres affaires au Rwanda. En janvier, l’universitaire et ancien responsable gouvernemental Léon Mugesera a été renvoyé au Rwanda depuis le Canada pour faire face à des accusations de planification et d'incitation au génocide. Les audiences préliminaires ont eu lieu à Kigali. Des poursuites judiciaires contre des suspects du génocide rwandais ont eu lieu dans plusieurs autres pays, dont le Canada, la Norvège, la Suède, l'Allemagne et les Pays-Bas.

Détention illégale et torture

Le 13 janvier, la Haute cour de Kigali, statuant dans le procès de 30 personnes accusées d'implication dans des attaques à la grenade en 2010, a condamné 22 accusés à des peines d’emprisonnement allant de cinq ans jusqu’à la perpétuité, et a acquitté huit accusés. Les juges n'ont pas tenu compte des déclarations de plusieurs accusés indiquant qu’ils auraient été détenus au secret dans un centre de détention militaire et torturés. Le frère du général Kayumba Nyamwasa, le lieutenant-colonel Rugigana Ngabo, qui a été arrêté en 2010 et détenu au secret dans une prison militaire pendant cinq mois, a été jugé par un tribunal militaire à huis clos et condamné en juillet à neuf ans d'emprisonnement pour atteinte à la sûreté de l'État et incitation à la violence. En réponse à une demande d'habeas corpus faite par sa soeur en 2010, la Cour de justice de l'Afrique de l'Est (East African Court of Justice, EACJ) a statué en décembre 2011 que la détention au secret sans jugement de Ngabo avait été illégale. Le gouvernement rwandais a fait appel de cette décision, mais elle a été confirmée par la division d'appel de l’EACJ en juin.

Implication de l’armée rwandaise en RDC

L'armée rwandaise a fourni un soutien au groupe rebelle congolais M23, qui a déclenché une mutinerie contre l'armée congolaise en mars. Le M23 a commis de graves exactions dans l'est de la RD Congo, notamment des meurtres de civils, des exécutions sommaires, des viols et du recrutement forcé (voir le chapitre sur la RDC). En violation de l'embargo sur les armes des Nations Unies sur les acteurs non étatiques dans l'est de la RD Congo, des responsables militaires rwandais ont fourni au M23 des armes, des munitions et de nouvelles recrues, notamment des enfants. Des troupes rwandaises ont traversé la frontière de la RD Congo pour assister le M23 dans des opérations militaires, notamment une offensive en novembre au cours de laquelle le M23 s’est emparé de la ville de Goma. Le gouvernement rwandais a nié toute implication dans le soutien au M23.

Principaux acteurs internationaux

Plusieurs gouvernements — notamment les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne, la Suède, les Pays-Bas, la Belgique et l'Union européenne — ont suspendu ou retardé une partie de leurs programmes d'assistance au Rwanda en réponse au soutien militaire rwandais apporté au M23. En septembre, le gouvernement britannique a repris la moitié de l'aide qu'il avait suspendue en juillet, en dépit du soutien militaire rwandais persistant au M23. Les expressions de préoccupation diplomatique se sont intensifiées en novembre lorsque le M23 s’est emparé de Goma. En octobre, le Rwanda a été élu au Conseil de sécurité des Nations Unies, soulevant des inquiétudes au sujet d'un conflit d'intérêts en raison des violations par le Rwanda de l'embargo sur les armes des Nations Unies et de l'implication de ses troupes en RD Congo.  

 

 

    Ce rapport montre réalité d’un régime qui s’apparente davantage à une dictature qu’à une démocratie avancée. Comment alors croire aux accusations contre la France et son armée d’un tel régime ? Les commentateurs politiques et les journalistes complaisants engagés dans le soutien à Paul Kagame devraient y réfléchir.

 

                                                                                        France Turquoise le 25 avril 2013

 
KIVU (suite) : SILENCE, ON MASSACRE
28-04-2013

    Après les exactions sanglantes perpétrées par les bandes du M23 à la fin de 2012, massacres et pillages qui ont un temps suscité une timide réprobation internationale sans que, pour autant, la MONUSCO intervienne alors qu’ils se déroulaient sous ses yeux,, un silence complice est retombé sur l’est de la République démocratique du Congo.

    Encore une fois, le Rwanda a manœuvré pour s’exonérer de toute accusation de complicité en remplaçant le « général » Bosco Ntaganda, le fameux « terminator », dont les crimes devenaient trop voyants par le « colonel » Sultani Makenga.

    Dans le numéro d’avril 2013, Bernard Lugan donne une analyse limpide de la manœuvre. afriquereelle40 (4 MB)

    Cependant, les témoignages des tueurs du FPR sont disponibles et révèlent ce qu’est la réalité du rôle du Rwanda et des forces du Nord-Kivu.

 

 

Rwanda: Crimes du FPR en RDC, un ex-soldat exilé témoigne

 

 « Je vais vous livrer mon témoignage sur ce qui s’est passé au Congo, où j’étais soldat de l’APR (devenu RDF Rwandese Defense Force) avant d’être affecté à la DMI (Directorate of Military Intelligence). On nous a envoyés à Kisangani tuer les réfugiés sur le commandement du capitaine Shema de la DMI et le sous-lieutenant Franck Bashimake. Jusqu’à Kisangani les réfugiés dans leur fuite marchaient sur les routes, arrivés à Kigangani, ils ont été bloqués par le fleuve, c’est là qu’ils ont péris. C’est ce qui s’y est passé que je vais vous raconter amis Rwandais ». Déclare l’ex-DMI qui se reconnait lui-même être un ex tueur du FPR, aujourd’hui réfugié en Europe, et qui n’a pas voulu dévoiler son nom ni son adresse pour sa sécurité et celle de sa famille. Il a livré son récit en Kinyarwanda à la radio Itahuka le samedi 09 février. Radio Itahuka est une webradio fondée par la plateforme du « RNC », une plateforme initiée et dirigée par d’anciennes personnalités du FPR, autrefois proches de Paul Kagame.

 

Un réfugié transformé en tueur

 

Né à Rutshuru à l’Est du Congo, cet ex-DMI est un descendant des anciens réfugiés tutsis chassés du Rwanda en 1959. Il a intégré la rébellion du FPR en 1993, un an avant la victoire de ce mouvement sur le régime de Habyarimana. Peu après, il a été affecté à la fameuse DMI (Directorate of Military Intelligence), le service de renseignement militaire rwandais mis en cause pour son rôle dans l’exécution de plusieurs milliers de Rwandais et étrangers.

« Je veux donner globalement mon témoignage sur les dirigeants rwandais et ce qu’ils ont fait depuis que le FPR a déclenché la guerre de libération ; je vais vous le dire parce que ça me fait très mal au cœur et c’est cela qui m’a poussé à s’exiler encore » déclare-t-il.

 

Un objectif : liquider tout Hutu sur le sol congolais

 

 « On attaquait les Rwandais et les massacrait sauvagement et de façon inimaginable, celui qui nous commandait et qui était à son tour sous les ordres des généraux Paul Kagame et Jacques Nziza, nous demandait à ce que tout réfugié hutu sur le sol congolais soit assassiné, et ils ont annoncé que celui qui refusera de le faire sera exécuté sur le champ. (…) parmi mes collègues il y en a qui furent exécutés par ce qu’ils refusaient d’obéir aux ordres » ; « On embarquait les réfugiés qui s’enfuyaient de Tingi-Tingi (camp de réfugiés NDRL) dans les camions et les acheminait dans plusieurs endroits : il y en a qu’on a conduit sur l’autre côté du fleuve, un endroit qu’on appelait « rive gauche ». C’est des milliers et des milliers qu’on y a massacrés. Un autre lieu c’est Devansende à 59 kilomètres de la ville de Kisangani : à ce lieu on y a massacré plusieurs milliers de personnes. On avait creusé des trous où on jetait des corps, on ne faisait pas distinction : enfants, femmes et personnes âges, tout le monde y passait parce que les ordres étaient de tuer tout ce qui est Hutu sur le sol congolais. On employait tous les moyens à notre disposition : balles, agafuni (petite houe), sac plastique sur la tête, attacher les mains par derrière, etc.… », continue-t-il.

« On a tué jusqu’à s’épuiser. Certains réfugiés mourant même de faim. Le capitaine Shema nous disait que nous nous fatiguons en se donnant pour notre pays. « Ils sont nombreux si on ne les éradique pas ils vont revenir nous chasser dans le pays » aimait-il répéter (42 :05).

Ce témoin revient également sur les massacres perpétrés à Mbandaka, dans la région d’équateur : « Sur la rive gauche de Mbandaka, on y a massacré également beaucoup de gens, car les réfugiés y étaient coincés, ils ne pouvaient plus avancer, les religieux qui ont tenté de s’interposer ont subi à leur tour le même sort. Après leur mort on a pillé leurs véhicules qu’on a utilisé par après pour transporter et brûler les corps ».

« Les gens qu’on massacrait étaient tous des civils, par exemple à Rafasenti, on a fait croire aux réfugiés qu’on allait les ramener au Rwanda, on les a fait monter dans plusieurs camions, on a chargé surtout les hommes, plus de 4000 en tout. Ils ont été tous tués le même jour »

« Ceux qui ont échappé à la mort, c’est ceux que le HCR ramassait un peu partout dans les forêts, ce sont les seuls qui ont pu nous échapper. (…) Nos activités criminelles se sont déroulées de 1997 jusqu’à 1998 quand Laurent Kabila nous a prié de partir » précise l’ex agent de la DMI.

 

Ne pas laisser de traces

 

D’après le témoin, tout était fait pour ne pas laisser des traces de ces massacres, car déjà la communauté internationale suivait de prés la situation de ces réfugiés. « On avait creusé les fosses dans les alentours de la ville de Kisangani ; tout était bien planifié et piloté de haut par le Général Paul Kagame. On empilait les corps dans ces fosses comme les stères de bois de chauffage. En haut, on couvrait avec des bâches, cela nous permettait d’ouvrir facilement et mettre d’autres corps puis bruler une fois les trous remplis. Chaque nuit on utilisait un bateau de moteur pour transporter les cendres et les jeter dans le fleuve zaïre. Dans tout ce qu’on faisait, on nous ordonnait de ne pas nous reposer, on était obligé d’exécuter les ordres pour ne pas à notre tour y laisser nos vies. On était des petits soldats aux ordres du Général Paul Kagame, du Général Nziza, et du Général Kabarebe qui était notre chef direct sur le terrain, le capitaine Shema commandait quant à lui notre section » rapporte le témoin.

 

Les tueurs étaient minutieusement choisis

 

D’après le témoin, les tueurs étaient minutieusement choisis, ils étaient sélectionnés parmi les Tutsi venus du Congo, car selon lui, le commandement de l’APR ne fait pas confiance aux Tutsi venus d’Ouganda, du Burundi et de la Tanzanie pour exécuter cette mission, qui se devait être rapide, bien faite et surtout discrète. Le choix se portait en grande partie sur les Tutsi originaires du Congo. Le témoin affirme même que les gardes rapprochés de Paul Kagame, ceux qui veillent à sa sécurité et ses biens, sont ceux qui viennent du Congo, car l’homme fort du Rwanda ne ferait pas confiance à ses compatriotes venus d’Ouganda, de Tanzanie et du Burundi.

« Avant les massacres, une réunion s’est tenue un soir dans la ville de Kisangani, dirigée par le capitaine Shema aujourd’hui Major, et son adjoint le lieutenant Bashimake qui est aujourd’hui capitaine et chef de la brigade 408 de police à Ruhengeri. Au cours de cette réunion, une question nous a été posée : « selon vous pourquoi ici vous n’êtes que d’une seule ethnie ? » nous avons répondu, « nous n’en savons rien ». C’est ainsi qu’ils nous ont expliqué que si nous ne sommes que des Tutsi, c’est que nous avons un travail à faire sans préciser de quoi il s’agissait « . ; « On se connaissait pas car on venait de bataillons différents, (…). Capitaine Shema nous expliquait que c’était l’état major qui nous avait choisi pour ce travail ; c’est pourquoi il ne fallait pas dire « je refuse de le faire ou je suis malade ». A Kigali pour nous sélectionner, on regardait où l’on est né, la famille et notre pays d’origine » affirme le témoin.

 

Tenir éloigner les témoins gênants

 

Le témoin livre également son récit sur tout ce que son escadron faisait pour tenir loin les témoins, surtout les ONG qui étaient nombreuses à entreprendre les démarches afin de connaitre le sol des réfugiés. « On nous ordonnait de retenir les humanitaires dans la ville de Kisangani, si nécessaire de leur tirer dessus pour les faire croire que certains endroits étaient dangereux. Je vous donne l’exemple de la Croix rouge, on a tué certains de ses membres. Parce qu’ils étaient obstinés à connaitre la vérité » dit-il.

D’après lui les humanitaires ont été empêchés de se rendre sur les lieux de massacres, avant que les bourreaux n’aient fini leur travail. « On a contenu les humanitaires à Kisangani jusqu’à ce qu’on transfère les corps à 150km à l’intérieur de la forêt pour ne pas laisser de preuves aux enquêteurs. (…) Capitaine Shema et Lieutenant Frank Bashimake nous ordonnaient de travailler 24heures sur 24 sans se reposer ». affirme-il avant d’ajouter qu’ils ont même tiré avec des armes lourdes sur les avions des Nations Unies qui survolaient la zone des tueries pour tenter de comprendre ce qui se passait. « Quand on tirait sur un avion, il ne repassait plus au-dessus de la même zone » dit-il.

« Quand les Nations Unies ont commencé à soulever des soupçons sur nos atrocités à Kisangani, la presse interrogeait Paul Kagame sur les massacres qui se commettaient sur le terrain. Ce dernier ne faisait que nier, Kabarebe qui dirigeait les soldats rwandais au Congo répondait la même chose, Kabila (père NDRL) niait aussi les faits. Ces derniers disaient tous qu’aucun réfugié hutu n’est tué sur le sol congolais. Nous qui étions sur place, on était étonné d’entendre cela, on suivait tout le temps la BBC ».

L’ancien soldat donne même les exemples de certains officiels qui ont été éliminés, car ayant supervisé les massacres, « le régime voulait s’assurer de leur silence éternel ». C’est le cas de major Ruzindana et Birasa, qui ont été éliminés par la DMI. Bagire qui est mort empoissonné. « Ce dont je suis certain est que toute personne utilisée dans les massacres soit, il part en exil soit il est tué. Moi aussi quand j’ai quitté le pays en mars 2006, on voulait m’assassiner. – Major Birasa, adjudant chef Abbas qui supervisait les massacres dans le camp Kami, lieutenant Rushoke qui était connu comme le plus cruel de tous, ils sont tous été assassinés dans le camp Kami et puis transportés vers Nyungwe - » affirme le témoin.

 

Les massacres au Rwanda

 

Le témoin a livré également à la radio Itahuka certains cas de massacres au Rwanda auxquels il a assisté directement ou indirectement. Il revient sur les massacres qui se commettaient au stade régional de Ruhengeri (dans le Nord du Rwanda) en 1998, sur les ordres de Gasheja qui dirigeait le bataillon 408 Ruhengeri, et Gasana qui dirigeait la brigade 408 de Ruhengeri. D’après lui, ces officiers ramassaient les gens à Nyakinama, Kinigi, Nyamutera et Giciye, et les rassemblaient dans le stade de Ruhengeri. Les personnes arrivaient au stade ligotées dans les camions à conteneur, puis elles étaient peu à peu conduites vers le camp Mukamira pour y être achevées. Selon le témoin, les corps étaient transportés dans les mêmes camions vers la forêt de Nyungwe dans un lieu qu’ils appelaient « Icyokezo », pour y être brulés.

L’ancien DMI affirme que la forêt de Nyungwe a servi, en 1997 et 1998, de lieu où l’on brûlait les corps des personnes tuées un peu partout au Rwanda. Selon lui, Kugiti Kinyoni (tout prés de Kigali) il y avait des barrières redoutées, les gens venant de Ruhengeri, Kibuye, Gitarama et Butare y étaient arrêtés, on regardait l’origine de la personne et son faciès. « On choisissait surtout les personnes qui ont encore la force de se battre, on appelait cela « guca imbaraga abahutu » (décourager les Hutu) ». Il affirme que ce climat de terreur avait fini par persuader les gens de prendre des taxis car une fois monté dedans, on n’était pas sûr de rentrer, surtout ceux qui venant de Gisenyi et Ruhengeri ne franchissaient aucune barrière. Ces derniers étaient arrêtés puis conduits au camp Kami, un camp selon lui abritant en 1998, dans sa cave, une prison où les gens étaient gardés avant d’être tués. « Tous ces massacres étaient coordonnés et supervisés par Jacques Nziza » dit-il. Pour transporter les corps de camp Kami vers la forêt Nyungwe, le témoin affirme qu’ils utilisaient un camion bleu pillé au Congo de marque Benz.

 

Usage massif de poison

 

Le témoin évoque aussi les cas d’assassinat par le poison. « Il y avait aussi les gens qui ont été assassinés empoissonnés, le marché de poison était dans les mains des Indiens, ce sont eux qui l’importaient au Rwanda pour le vendre à la DMI. Ce poison était injecté souvent par seringue. Le poison était le plus souvent utilisé pour assassiner les gens connus dont il était impossible d’éliminer dans la masse sans attirer l’attention, c’est pourquoi ce sont les hauts gradés comme le capitaine Mutiganda et le capitaine Burabyo qui s’occupaient personnellement d’utiliser cette méthode. La personne à éliminer était soit invitée à une réunion ou approchée dans une fête ; « on attendait qu’elle soit distraite pour mettre le poison dans son verre » affirme le témoin qui dit que lui-même avoir été chargé un jour d’une mission d’éliminer un collègue :

« On m’a donné un jour le poison à mettre dans le lait de Sankara qui était en prison à ce moment. Je ne l’ai pas fait car ce dernier était un homme intègre, dans ses chansons, il défendait les droits des soldats. Ils n’ont pas su que je n’avais pas empoisonné le lait de Sankara, et disaient à ce dernier, « tu as vraiment de la chance, tu ingère le poison et tu es toujours en vie ».

 

Les massacres des réfugiés tutsis de Mudende

 

L’ex agent de la DMI, revient également sur les massacres des réfugiés tutsis de 1959 qui sont revenus au Rwanda en 1995 après 30ans d’exil au Congo. Le témoin se dit choqué que Paul Kagame et Nziza aient décidé de les éliminer pour attribuer leur mort aux rebelles hutus (abacengezi) venus du Congo, alors qu’à cette période tout l’Est du Congo et la frontière étaient sous le contrôle du nouveau gouvernement rwandais.

En effet, ces réfugiés à leur rentrée au Rwanda, ont été installés à Mudende, non loin de l’université qui porte le même nom, et à Nkamira. « Les massacres se sont déroulés la nuit, le matin tous les militaires qui gardaient le camp avaient été rappelés ». Le général Munyakazi qui dirigeait la brigade 211 de Gisenyi, et à qui les victimes ont fait appel durant les événements, voulait se rendre sur les lieux des massacres pour intervenir mais il en a été empêché parce que ceux qui commettaient ces assassinats étaient les hommes de Kagame venus de Kigali. Pourtant la garde rapprochée de Paul Kagame est en majorité composée des fils de ces personnes assassinées. « Ces gardes ne le savent pas, c’est pourquoi je livre ce témoignage » déclare l’ancien agent de la DMI. « A ce moment, plusieurs militaires dont les parents des personnes assassinées ce soir-là, voulaient manifester, mais ils ont du se résigner et regagner leurs camps après que le général Kagame les ait menacés de tous les liquider ».

Le 1er octobre 2010, les massacres des réfugiés hutus en République démocratique du Congo entre 1996 et 2002 ont donné lieu à un rapport d’enquête du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’Homme connu sous le nom de Mapping Report. Selon ce rapport, ces massacres pourraient, si prouvés devant un tribunal compétent, être qualifiés de génocide.

 

 

Ce témoignage terrible, montre surtout la réalité des modes d’action du FPR agissant  sur ordre de Paul Kagame. Alors que ce dernier accuse les soldats français des pires crimes, les nombreux observateurs internationaux présents au Rwanda en 1994 au cours de l’opération Turquoise ont-ils constaté de tels actes de la part des soldats français ?

 

    Une lueur d’espoir ? L’ONU a approuvé le principe de la création d’une brigade d’intervention rapide pour « mener des opérations offensives ciblées » contre les groupes de rebelles dans l’est de la RDC. Souhaitons qu’elle soit plus efficace que la MONUSCO.

 

 

                                                                         France Turquoise le 26 avril 2013

 
PENDANT CE TEMPS, L’ENFUMAGE CONTINUE
28-04-2013

    A l’approche de l’anniversaire de l’attentat contre l’avion du président Habyarimana, comme chaque année une offensive médiatique s’est déployée à base de pseudo-révélations afin de continuer d’accuser la France et les militaires français de complicité de génocide et de dissimuler derrière un écran de fumée les responsabilités réelles du régime de Kigali.

    Comme d’habitude, le quotidien « Libération » est à la pointe de la désinformation. Après l’échec de son livre, Maria Malagardis y lance, le 9 janvier 2013, un scoop à propos de la mort, au début du génocide, de deux gendarmes français de la coopération. Un certificat de décès serait un faux, ce qui désignerait, bien sûr, celle à qui le crime profite, la France…

   Oui, mais dans « Marianne » du 6 février 2013, Alain Léauthier démonte avec méthode les conclusions orientées de Maria Malagardis.

      Voir sur le site de « Marianne » :

http://www.marianne.net/Rwanda-l-etrange-scoop-de-Liberation_a226342.html

 

    Il récidive (« Marianne » du 20 au 26 avril 2013 : « Rwanda. Qui a assassiné les gendarmes français ? ») après avoir interviewé longuement l’ancien secrétaire général du ministère rwandais de la Défense, exilé depuis 2011 en Belgique, Jean-Pierre Micombero.

    Celui-ci confirme que les gendarmes ont bien été assassinés sur ordre par le FPR. Il affirme connaître le nom de l’exécutant de même que ceux des auteurs (toujours membres du FPR) de l’attentat contre l’avion du président Habyarimana.

    Espérons que ce témoin capital sera entendu par le juge Trévidic.

 

    De son côté, Bernard Lugan analyse dans une note pertinente les motifs et les méthodes de ces manipulations périodiques et annonce un dossier sur l’attentat dans le futur numéro de « L’Afrique Réelle » (mai 2013).

 

Génocide du Rwanda : un matraquage médiatique ne fait pas une vérité historique

Chaque année à l’approche du 6 avril, date anniversaire du début du génocide du Rwanda (6 avril 1994), les médias répètent les mêmes poncifs tout en se faisant, volontairement ou non, la caisse de résonance des thèses de Kigali. Nous aurons ainsi droit à des émissions de télévision annonçant des « révélations embarrassantes » pour la France, à une campagne de promotion à la limite de la complaisance pour un livre qui n’apporte rien de nouveau et à une avalanche de déclarations aussi creuses qu’orientées. Tout ceci n’est qu’enfumage.

Le fond du problème est que la thèse fondant la « légitimité » du régime de Kigali, à savoir celle du génocide « programmé »  et « planifié » par les « extrémistes » hutu, a volé en éclats devant le TPIR (Tribunal pénal international pour le Rwanda). Ce tribunal créé par le Conseil de sécurité de l’ONU et siégeant à Arusha depuis 1995 a en effet, dans tous ses jugements concernant les « principaux responsables du génocide », que ce soit en première instance ou en appel, clairement établi qu’il n’y avait pas eu « entente » pour le commettre [1]. Si ce génocide n’était pas programmé c’est donc qu’il fut spontané et ce qui le provoqua fut l’assassinat du président Habyarimana.

Voilà pourquoi la question de savoir qui a ourdi cet attentat est primordiale. Or, il n’y a jamais eu d’enquête internationale menée sur ce crime qui coûta la vie à deux présidents en exercice légitimement élus, celui du Rwanda et celui du Burundi qui avaient pris place dans le même avion.

Par les énormes pressions qu’ils exercèrent sur le Conseil de sécurité de l’ONU, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, alliés indéfectibles du régime de Kigali, réussirent à interdire au TPIR de mener cette enquête. Comme ce tribunal spécial vient de terminer ses travaux, les auteurs de ce crime ne seront donc ni identifiés, ni poursuivis [2].

Saisie par les familles de l’équipage français de l’avion, la justice française s’est risquée sur cette affaire. Au terme de son enquête, le juge Bruguière a accusé le général Kagamé et lancé neuf mandats d’arrêt contre des membres importants de son premier cercle. Après le départ à la retraite de ce magistrat, l’enquête fut reprise par le juge Trévidic qui ajouta de nouvelles pièces au dossier et qui devra, tôt ou tard, faire la balance entre les documents contradictoires le constituant.

En attendant, Kigali est à la manœuvre car c’est l’existence même du régime qui est en jeu. Tout est donc fait pour influencer médiatiquement la justice française, l’objectif visé étant la levée des mandats d’arrêt délivrés par le juge Bruguière avant le vingtième anniversaire du génocide et ce, afin que l’enquête soit définitivement enterrée, ce qui arrangerait la communauté internationale.

Le monde entier a en effet intérêt à ménager le régime de Kigali, lui qui détient la clé de la paix et de la guerre dans toute l’Afrique centrale, région productrice des minerais rares permettant à l’industrie de l’électronique de tourner. De plus, au moment où le Sahel s’embrase, personne ne veut voir un nouveau front s’ouvrir dans la région des Grands Lacs.

Le dossier de l’attentat du 6 avril 1994 cessera-t-il donc  d’être l’affaire de la Justice seule  pour devenir celle de la diplomatie [3] ? Dans notre « république irréprochable », rien n’est impossible en ce domaine…

Bernard Lugan

03/04/13

[1] A l’exception du jugement de Jean Kambanda, ancien Premier ministre condamné en 1998, après qu’il eut plaidé coupable contre la promesse d’une peine réduite, procédure qui de facto lui avait fait accepter l’acte d’accusation du procureur. Depuis, il est revenu sur cette reconnaissance.

[2] Depuis le 1er avril, le Rwanda assume pour un mois la présidence tournante du Conseil de sécurité.

[3] Le numéro 41(mai 2013) de l’Afrique réelle fera le point sur ce dossier.

 

La vérité sur les événements du Rwanda finira par éclater. La mise en cause incessante de la France et de son armée n’a pour origine que la volonté du régime de Kigali de détourner l’attention et de culpabiliser l’opinion française et internationale pour se dédouaner de ses crimes et de ses responsabilités.

 

                                                                                                     France-Turquoise le 25 avril 2013

 

 

 

 

 

 
LE GENOCIDE ET SES SUITES: TEMOIGNAGE D'UN PRÊTRE.
22-04-2013
Nous publions, avec son autorisation, la très belle lettre du Père Joyeux s.j. Il fut un témoin direct de la réalité politique rwandaise alors qu'il était en charge de camps de réfugiés en 2005 et dut quitter le pays en urgence , sa vie étant menacée. C'est cette expérience qui lui permet d'analyser avec beaucoup de hauteur de vues la situation actuelle de la région des Grands Lacs.
 
Chère amie,
 
Je vous remercie beaucoup pour votre mail et ses pièces jointes, la référence du site concernant "Des hommes debout". Je me sens et désire bien sûr très concerné car l'histoire tragique du Rwanda -  et à partir du Rwanda - est en cours. Elle n'est pas du tout de l'ordre du passé seulement. La violence ad intra comme ad extra se prolonge dans les forêts congolaises comme au coeur de la société rwandaise d'aujourd'hui. Il faudrait ne pas oublier cela, ne pas laisser 2014 se préparer dans une orientation aussi manipulée que celle qui suscita la montée idéologique du Hutu Power certes ( je ne suis en rien un révisionniste du génocide rwandais anti tutsi) mais aussi - pour ainsi dire -  d'un "tutsi power"  hors des frontières du pays ( Ouganda , USA) au service d'une pression de l'angoisse, d'une reprise "à tout prix" du pouvoir à Kigali ... et, ce "à tout prix" se concrétisa par l'abandon sous les machettes hutus du million de frères tutsis considérés comme des traitres et collabos qui étaient restés dans le pays sous Habyarimana et, ce qui était devenu, dans le fil trop long du temps, une "ethnocratie".
 Ce sont ces familles là , ce peuple là qui mourut, fut sacrifié dans l'orgie de sang , sexe et alcool que furent les mois d'Avril, Mai, Juin et Juillet 1994.
 La marche à grands pas vers Kinshasa pour une prise du pouvoir et d'influence militaire au service d'une hégémonie économique sur les sous sols de l'Est du Congo est connue de tous. Elle ne visait que de façon tristement adjacente la poursuite des génocidaires hutus mêlés aux innocents en exode.
 
J'espère que vous me comprenez : j' ai découvert au Rwanda, dans les camps où j'ai oeuvré avec goût et beaucoup d'énergies combien nous ne sommes pas, dans ce pays et toute la géo stratégie qui le concerne et l'entoure ( on devrait dire "l'enserre") dans un western et ses simplifications classiques des bons ( les tutsis) et des méchants ( les Hutus) . Nous ne sommes pas davantage dans une belle et bonne intention de "réconciliation" sous les yeux embués de l'ONU, de l'Unesco , des Eglises , des US et autres pays ayant demandé "pardon". A qui exactement ont ils demandé pardon ?...
C'est plus complexe, c'est davantage cynique et triste que nous le pensons. Et ceci se joue au présent.
La mémoire peut se trouver cerner dans les sillons d'intentions graves qui enflammèrent les soifs de pouvoir et de vengeance, de domination et manipulation des populations de la région.
 Massacres sur massacres, dans les imaginaires mutuels , dans les mots comme dans les actes, armés pas des puissances étrangères cachées ou bêtement "commerçantes" sont au coeur du génocide rwandais. Un génocide des "grands lacs", une géopolitique des "grands profits" où se mettent en scène sous les caméras du monde entier des bons et des méchants...au service d'une Real Politik de puissance industrielle entre des grands de ce monde.
 
Oui, il nous faut devenir davantage des hommes debout, des "coeurs pensants de la baraque" ("baraque monde " aujourd'hui ?) aussi, comme disait ETTY HILLESUM dans son livre "Une Vie bouleversée" devant la montée inexorable du mensonge génocidaire nazi. Elle en est morte avec ses parents à Auchwitz.
 
Penser le complexe, refuser le trop simple...
 
Refuser que les morts, que les victimes tutsis ayant tant souffert ne souffrent encore dans leurs corps dressés, "cyniquement relevés des morts" comme en une danse de résurrection au service de la bonne conscience nationale et internationale couvrant tant d'exactions d'hier et d'aujourd'hui.
Refuser dans un élan de vrai discernement et de haute dignité et liberté que soient manipulés les morts par milliers, les vivants survivants et les vivants psychiatriquement muselés dans le vertige rwandais. Là est pour moi, la vraie compassion, en amont de toute réconciliation faussée sinon forcée... Sans âme.
 
Des "âmes, consciences et corps debout" ...en éveil, OUI... "Des hommes - corps debout" n'interrogeant que les Hutus amalgamés au Hutu Power et n'interrogeant que  des consciences humaines, par delà les frontières, à la mémoire et à la pensée embuées pour ne pas dire " enfumées" dans la bonne conscience, NON.
 
Vous comprenez, Fanny, mon insistance et la longueur de mes lignes que je prends le temps de vous écrire. Elles veulent alerter sur une menace en cours : la continuation, la couverture d'une danse macabre bien orchestrée qui couvre les agissements de domination au service d'une guerre économique mondiale dont le Congo, le Rwanda, le Burundi, l’Ouganda composent le théâtre. Théâtre d'opérations  et désinformations trop claires pour  seulement gens informés ! Si peu nombreux ! si peu nombreux !
 
Je vous reste disponible pour continuer notre échange si vous le désirez et si mes lignes ne vous ont pas trop "choquée". J'ai préféré risquer vous paraître un révisionniste plutôt que de lâchement - gentiment me taire. J'ai trop d'amis tutsis comme hutus pour ne tolérer davantage leur manipulation et humiliation. J'ai écouté suffisamment d'horreurs et de mensonges au bord des charniers de tout bord dans ce pays, du nord au sud, d'est en ouest pour ne pas vous alerter.
 
L'avenir ne s'arrête pas pour les habitants de ce pays et de ces régions  à 2014 et les nuages noirs sont déjà suffisamment amoncelés sur l' immense et chaotique Congo voisin. Osons quelque vérité, osons au nom des bourreaux comme des victimes ! Jean Hatzfeld leur a donné si respectueusement la parole et l'écrit ! Il faut aller davantage "en eaux profondes "
 
 
 
"GUERRE DU KIVU:LE RAPPORT FINAL DU GROUPE D'EXPERTS DE L'ONU"
02-01-2013
Rapport final du Groupe d’experts sur la République démocratique du Congo conformément au paragraphe 4 de la résolution 2021 (2011) du Conseil de Sécurité (S/2012/843)

Résumé  (voir l'intégral en pièces jointes).

L’est de la République démocratique du Congo demeure la proie de dizaines de groupes armés congolais et étrangers. L’instabilité s’est accentuée depuis la mutinerie d’anciens membres du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) et la création subséquente, cette année, du mouvement du 23 mars (M23). Les rebelles ont, en juillet 2012 et avec une aide considérable de l’étranger, étendu leur emprise sur le territoire de Rutshuru et ils ont récemment profité d’un cessez-le-feu informel pour consolider leurs alliances et pour faire mener par des supplétifs des opérations dans d’autres zones.

Le Gouvernement rwandais continue de violer l’embargo sur les armes; il fournit directement une aide militaire aux rebelles du M23, facilite le recrutement de combattants pour le compte du Mouvement, incite et facilite la désertion de soldats des forces armées congolaises, fournit au M23 des armes, des munitions et des renseignements, et le conseille sur le plan politique. La chaîne de commandement de facto dont fait partie le général Bosco Ntaganda a à sa tête le général James Kabarebe, Ministre rwandais de la défense. Après la publication de l’additif à son rapport intérimaire (S/2012/348/Add.1), le Groupe s’est entretenu avec le Gouvernement rwandais et a pris en considération sa réponse écrite, mais il juge qu’aucun élément fondamental des constatations qu’il a faites antérieurement ne mérite d’être modifié.

De hauts responsables ougandais ont également prêté appui au M23 : renforts militaires en RDC, livraison d’armes, assistance technique, planification commune, conseils d’ordre politique et appui dans les relations extérieures. Des unités des forces armées ougandaises et des forces armées rwandaises ont conjointement porté appui au M23 lors de la série d’attaques que le Mouvement a lancées en juillet 2012 pour s’emparer des principales villes du Rutshuru et bouter les forces armées congolaises hors du camp de Rumangabo. Les deux États, qui ont toujours défendu la cause des rebelles, ont également coopéré pour favoriser la création et l’expansion de la branche politique du M23. Le M23 et ses alliés comptent six personnes faisant l’objet de sanctions internationales, dont certaines résident en Ouganda ou au Rwanda, ou s’y rendent régulièrement.

Profitant d’une accalmie sur les lignes de front officielles, le M23 a cherché à constituer des coalitions avec d’autres groupes armés dans les deux provinces du Kivu ainsi que dans le district d’Ituri et au Kasaï Occidental. Le colonel Sultani Makenga s’est affirmé comme étant le « coordonnateur » des groupes armés alliés du Mouvement. En août et septembre, il a donné l’ordre aux Raia Mutomboki de lancer des attaques meurtrières motivées par des considérations d’ordre ethnique, qui se sont soldées par l’incendie de plus de 800 habitations et la mort de centaines de civils issus des communautés hutues congolaises de Masisi, dont les milices avaient refusé de s’allier au M23.

L’exploitation et le recrutement d’enfants soldats par des groupes armés, notamment le M23, se sont amplifiés. En particulier, plusieurs commandants du M23 connus pour avoir déjà recruté des enfants ont supervisé le recrutement et la formation de centaines de jeunes garçons et de jeunes filles. En outre, certains commandants du M23 ont ordonné l’exécution sommaire de dizaines de recrues et de prisonniers de guerre.

Les nombreuses tentatives du M23 de forger un front commun avec les groupes armés des ethnies hema et lendu, en Ituri, ainsi qu’avec les Banyamulenge du SudKivu se sont heurtées à une forte résistance. Pour contrer les alliances souhaitées par le M23, le Gouvernement congolais s’est employé à favoriser l’intégration de groupes armés, notamment en Ituri et au Masisi.

Alors que leurs effectifs sont au plus bas, les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), qui continuent cependant à commettre des exactions contre les populations civiles, reçoivent encore moins d’appui de l’extérieur qu’auparavant. Elles s’emploient essentiellement à résister aux attaques des forces armées congolaises et des alliés du M23. Des officiers subalternes des FDLR ont cherché à s’allier avec le gouvernement congolais contre le M23 et certains réseaux criminels des forces armées congolaises continuent de leur vendre des munitions en petites quantités. Cependant, il n’existe pas de preuve d’une coopération stratégique entre les FDLR et le Gouvernement congolais.

En ce qui concerne les groupes rebelles burundais, les Forces nationales de libération (FNL) restent divisées et font appel à des groupes armés congolais sur le terrain, tandis que le Front national pour la révolution au Burundi se dénomme désormais Front du peuple murundi (FPM) et s’est allié au M23 dans le Sud-Kivu.
Les Forces démocratiques alliées (FDA), sous contrôle ougandais, ont renforcé leurs moyens militaires en coopérant avec la mouvance Al-Chabab en Afrique de l’Est.

Les forces armées congolaises continuent d’être la proie de réseaux criminels qui permettent aux officiers supérieurs de s’enrichir par l’emprise sur les ressources naturelles et la contrebande, notamment par le trafic d’ivoire mené par des groupes armés. Le général Gabriel Amisi, chef d’état-major des forces terrestres, contrôle un réseau de distribution de munitions de chasse à des braconniers et des groupes armés, dont les Raia Mutomboki. Le désarmement et la gestion des stocks d’armes sont également entravés par la progression de la demande d’armes en rapport avec le M23 : sur le marché des armes légères, les prix ont été multipliés par quatre.

L’application des directives du Gouvernement congolais enjoignant aux exportateurs de minerai d’exercer leur devoir de diligence conformément aux lignes directrices de l’ONU et de l’Organisation de coopération et de développement économiques a quasiment mis un terme aux exportations d’étain, de tantale et de tungstène en provenance de l’est de la RDC; seules les exportations en provenance du nord du Katanga, où l’origine des minerais est certifiée depuis 2011, se poursuivent. La contrebande vers le Rwanda et le Burundi est en progression. La crédibilité du système rwandais de certification des minerais est menacée par le blanchiment de produits miniers congolais, les certificats d’origine étant couramment vendus par les coopératives minières. Plusieurs négociants ont financé le M23 au moyen des bénéfices qu’ils tirent de la contrebande de minerais d’origine congolaise au Rwanda.

Alors que la production de minerai d’étain a régressé dans les Kivus, celle de minerai de tantale et de tungstène se poursuit malgré la certification exigée par la communauté internationale, ces deux produits étant plus faciles à exporter en contrebande. Les exportations rwandaises de tantale et de tungstène ont donc progressé d’autant en 2012, tandis que celles d’étain ont reculé.

La baisse des cours et le recul de la production ont eu, dans certains bassins miniers, des incidences préjudiciables sur le plan socioéconomique. Toutefois, de nouveaux débouchés sont apparus là où ces bassins se sont adaptés à d’autres secteurs de l’économie. La sécurité s’est améliorée dans la plupart des grands bassins d’extraction de l’étain et du tantale, de sorte que le financement des conflits s’y est amenuisé, et la surveillance ainsi que les contrôles exercés par les autorités civiles et les organisations non gouvernementales s’y sont approfondis.

Les groupes armés, les réseaux criminels des forces armées congolaises et les mineurs se déplacent aisément vers les bassins aurifères, où le devoir de diligence n’a pas eu d’incidences sur les échanges. Le minerai d’or extrait dans l’est de la RDC est en quasi-totalité exporté en contrebande; quelques grands négociants de Kampala et de Bujumbura en réexportent ainsi plusieurs tonnes par an, qui représentent des centaines de millions de dollars des États-Unis. La plus grande partie de l’or d’origine congolaise qui se retrouve dans les Émirats arabes unis est fondu et revendu à des bijoutiers. Le gel des avoirs imposé par le Conseil de sécurité n’a en rien entravé les opérations de l’ancien propriétaire de l’entreprise Machanga Ltd.; en effet, bien que visé par les sanctions, il continue d’exporter sa marchandise par le biais de sociétés-écrans, et à transférer d’importantes sommes d’argent à ses fournisseurs en RDC.

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ET LA DÉMOCRATIE AU RWANDA ?
11-12-2012

 

    Deux rapports récents et complémentaires signalent les dérives autoritaires du régime de Kigali dont on sait déjà qu’à sa naissance, il n’a pas été porté sur les fonts baptismaux par la Démocratie.

 

    Il s’agit tout d’abord du rapport annuel du service civil de renseignement belge publié le 21 novembre 2012.

    Ce rapport note d’abord que « le régime rwandais "se crispe" et [que] le cercle des proches autour du président Kagame se rétrécit de plus en plus ». Les défections de proches, notamment du général Faustin Kayumba, ancien chef d’état-major de l’armée, ont amené à des postes clés de l’armée et du renseignement des durs du régime.

    Il signale encore la censure et la répression contre les médias et l’anéantissement presque total de l’opposition politique : « L’opposition politique intérieure n’existe pas et tous les leaders politiques importants se trouvent en prison ou ont fui à l’étranger. » Car c’est bien à l’étranger que se trouve l’opposition rwandaise et on ne peut que déplorer sa fragmentation.

 

    Il s’agit ensuite d’un rapport d’Amnesty International paru en octobre 2012 et intitulé « Rwanda : Dans le plus grand secret. Détention illégale et torture aux mains du Service de renseignement militaire. »

    Il révèle qu’à côté des progrès apparents accomplis par le Rwanda en matière d’amélioration des conditions de vie dans les prisons dépendant du Service national correctionnel, un système parallèle de détention par les militaires a été mis en place.

    Le rapport, dont on peut lire l’intégralité sur le site amnesty.org (index AFR47/004/2012/French), expose en détail les cas de détention illégale, d’actes de torture et de disparitions qui sont le fait des agents du Service de renseignement militaire et qui se sont multipliés à l’approche de l’élection présidentielle d’août 2012.

 
LA GUERRE DU KIVU
09-12-2012

LA GUERRE DU KIVU ET LA SITUATION
DANS LA RÉGION DES GRANDS LACS

Petite tentative pour essayer d’y voir clair

 Pour tous ceux qui s’intéressent au Rwanda, mais aussi à la République démocratique du Congo (RDC), il est fondamental d’essayer de suivre et de comprendre ce qui se passe au Kivu depuis le mois d’avril 2012.
    Là se joue une partie du bras de fer entre Joseph Kabila, le président peu fréquentable de la RDC qui peine à trouver des alliés, et Paul Kagame, le Bismarck rwandais dont les méthodes
peu recommandables commencent à être dénoncées de toute part malgré son art consommé de « l’enfumage ». Les amis traditionnels du président rwandais prennent de la distance, mais n’en continuent pas moins à l’aider en sous-main. Business is business !
    De l’issue de cette confrontation dépendent le sort de la RDC et, nous le croyons, la place de la France en Afrique !
    Ce modeste point de situation a été réalisé à partir de documents ouverts et n’engage que nous.

Lire la suite  LA GUERRE DU KIVU SITUATION (41 KB)

 

 
POURQUOI CETTE NOUVELLE GUERRE AU KIVU?
02-12-2012

Pour ceux qui s'interrogent sur la situation au Kivu, voici une synthèse de Bernard Lugan qui dévoile les mécanismes et les enjeux de cet incompréhensible imbroglio et explique le jeu des Etats-Unis et de leur valet d'armes, le Rwanda. Ils liront également avec profit l'article de l'ambassadeur Francis Saudubray paru dans "Le Figaro" du 22 novembre 2012.
 
 
POURQUOI CETTE NOUVELLE GUERRE AU KIVU?


20 000 Casques bleus sont stationnés en RDC dans le cadre de la Monusco (Mission des Nations Unies au Congo). Leur entretien coûte 1 milliard de dollars par an à la communauté internationale (trois fois plus que la Finul). Sur cette somme, la France participe pour 1,84 million de dollars en versement direct, plus sa quote-part dans les 16,8 millions de dollars versés par la Commission européenne...

Pourquoi ces « soldats de la paix » n’ont-ils rien tenté pour s’opposer à l’actuelle offensive du Rwanda dans le nord Kivu ? La réponse est simple : le Rwanda a reçu le feu vert des Etats-Unis dans sa politique visant à faire du Kivu un protectorat.

Depuis 1996 le Rwanda occupe les deux Kivu et pille leurs richesses. En 2007, poussé par son opposition, le président Kabila sembla vouloir reprendre le contrôle de la région, ce qui provoqua la guerre. Au mois de décembre 2007, les FARDC (Forces armées de la République démocratique du Congo), furent défaites par les combattants du CNDP (Congrès national pour la défense du peuple) de Laurent Nkunda, un ancien officier de l’armée de Paul Kagamé. Aux termes d’un accord de paix signé le 23 mars 2009, la milice du CNDP intégra l’armée nationale, les FARDC.

Au mois de mars 2012, quand il fut question de déployer les hommes du CNDP ailleurs qu’au Kivu, ces derniers se mutinèrent et créèrent un mouvement nommé M23 en référence aux accords du 23 mars 2009 qu’ils accusaient Kinshasa de violer.  Leur chef était le « général » Bosco Ntaganda que la Cour pénale internationale (CPI) considère comme un criminel de guerre pour des massacres commis entre 1998 et 2003. Ce Tutsi congolais ancien de l’armée rwandaise fut ensuite rejoint par un autre Tutsi congolais, le colonel Sultani Makenga.

Avec près de 5000 hommes bien entraînés et très largement aidés par le Rwanda, le M23 a surclassé les FARDC sous le regard aussi passif qu’impuissant des Casques bleus de la Monusco.

Le fond du problème est que Washington et Kigali ont des intérêts régionaux communs au Kivu :

- Pour les Etats-Unis, la RDC n’existe plus. Or, dans l’est du pays, se trouvent ces minerais rares, dont le coltan, tant recherchés par la Chine et les autres puissances asiatiques pour  la fabrication des puces électroniques. Or encore, ces mines sont sous contrôle rwandais, pays qui doit tout aux Etats-Unis et que ces derniers ont réussi à faire nommer comme membre non permanent du Conseil de sécurité de l’Onu alors que les rapports successifs rendus par cette même organisation dénoncent tous le rôle dans la déstabilisation de la région...

En réalité, les Etats-Unis et les compagnies pétrolières occidentales ont intérêt à ce que la RDC soit incapable de reprendre le contrôle de ses provinces orientales car si l’autorité de Kinshasa y était rétablie, les acheteurs ne seraient plus rwando-américains, mais chinois. Voilà pourquoi ils permettent au Rwanda de mener sa guerre conquête à travers le M23.

- Le Rwanda est quant à lui face à une obligation géopolitique vitale qui est que sa prospérité est largement bâtie sur le pillage des richesses du Kivu. Selon l’ONU, le pays constituerait même la plaque tournante du commerce illicite des pierres précieuses congolaises qui se fait à travers des sociétés écran et des coopératives minières qui accordent le label « Rwanda » aux productions congolaises. En plus du coltan et de l’or, le pétrole de la région de Rutshuru, prolongement de celui du bassin du lac Albert, fait que le Rwanda ne peut pas se retirer d’une région dont le sous-sol pourrait abriter des réserves pouvant atteindre plusieurs milliards de barils. Quant à sa suicidaire surpopulation elle doit, sous peine d’apocalypse, se déverser dans un  Kivu sous-peuplé.

Voilà pourquoi, au Kivu, Kigali s’emploie donc à créer une situation de non-retour débouchant sur une sorte d’autonomie régionale sous son contrôle.

Existe-t-il une politique alternative au fait que les Etats-Unis ont décidé d’ancrer leur présence régionale sur le Rwanda ? Non, car la RDC est un immense ventre mou, une façon d’Etat dont l’artificielle unité a volé en éclats avec le renversement du régime Mobutu que la France, une fois encore au nom des « droits de l’homme », a laissé se produire après avoir été littéralement désarmée moralement par l’insidieuse campagne rwando-américaine qui la dénonçait comme complice des génocidaires rwandais.

A travers la guerre du Kivu nous mesurons aujourd’hui les conséquences de la politique anti française menée depuis les années 1990 par nos « alliés » et « amis » américains et leur partenaire rwandais avec la complicité de bien des journalistes et ONG français. 


Bernard Lugan

25/11/12

 
La France a-t-elle participé au génocide rwandais ?
02-12-2012

par Jean-Marie Viannay Ndagijimana

 

Cette question (dont France-Turquoise connaît la réponse) continue de revenir régulièrement dans l’actualité médiatique plus de vingt ans après le début du drame rwandais.

    Monsieur Ndagijimana la pose aussi, lui qui fut ambassadeur du Rwanda à Paris de 1990 à 1994, et dont on se rappelle un autre ouvrage paru en 2009, « Paul Kagame a sacrifié les Tutsi ». Mais c’est pour y répondre et y répondre clairement.

    Il reprend l’un après l’autre les griefs et les accusations qui reviennent de manière récurrente dans les médias stipendiés et les livres complaisants. Partant de sa connaissance intime du dossier jusque dans ses parties les plus confidentielles, de documents officiels, de témoignages irréfutables et d’une analyse logique des mécanismes de la crise, il démonte ces insinuations et accusations calomnieuses dont il montre bien in fine qu’elles sont le fruit de l’agitprop de l’actuel régime rwandais qui assure sa survie par le mensonge et la fabrication de faux témoignages.

    Non, la France n’a pas essayé de maintenir quoi qu’il en coûtât un régime autoritaire à la tête du Rwanda. Au contraire, elle l’a conduit au dialogue avec l’opposition et au multipartisme.

    Non, Turquoise n’a pas eu pour objectif d’arrêter l’avancée du FPR et n’a pas servi à protéger les « génocidaires ». L’opération a sauvé des vies humaines.

    Laissons la conclusion à Monsieur Ndagijimana :

    « Ceux qui en France mettent en cause la mission Turquoise seraient mieux inspirés de se poser les quelques questions suivantes :

-        Quel autre pays, quelle autre puissance, a fait autant ou mieux que la France au cours de la même période ? Les Etats-Unis, l’Allemagne ? La Belgique, ancienne puissance tutrice ? La Chine ? La Russie ? Non, aucun autre pays n’a levé le petit doigt pour sauver ne fût-ce qu’un Rwandais.

-        Pourquoi la France a-t-elle été seule au Rwanda au contraire de certaines autres puissances aujourd’hui promptes à présenter des excuses publiques pour leur inaction coupable ?

-        Et si la France avait eu la même attitude que la Belgique, que les USA, la GB, l’Allemagne, la Chine, la Russie ? Et si les Rwandais avaient été totalement abandonnés à eux-mêmes, que ne diraient pas aujourd’hui les experts de la dernière heure ?

    Que seraient devenus les dizaines de milliers de Tutsi sauvés des griffes de miliciens Interhamwe si la mission Turquoise n’était pas intervenue ? La réponse est sans appel : ils auraient malheureusement connu le même sort que les centaines de milliers d’autres Tutsi tombés sous les machettes de génocidaires comme partout ailleurs dans le pays. »

 

Michel Fruchard

 

 
« GÉNOCIDE ET PROPAGANDE
30-10-2012

« GÉNOCIDE ET PROPAGANDE
L’instrumentalisation politique des massacres »

d’Edward S. Herman et David Paterson

    Voici un petit livre (170 pages dont 35 de notes) d’une grande densité et d’une rigueur implacable écrit par un universitaire et un journaliste américains.
    Les auteurs se situent clairement dans le courant d’idées de Noam Chomsky, ce contempteur intransigeant de l’impérialisme américain qui a d’ailleurs rédigé l’avant-propos de l’ouvrage et dont Edward S. Herman est un proche collaborateur.
    Le propos de l’ouvrage est de démonter la mécanique qui permet de justifier les interventions militaires occidentales (et surtout américaines) en utilisant à tort et à travers le vocabulaire qui touche la sensibilité populaire : « massacre », « bain de sang », « génocide », de manière à agir au nom de la « responsabilité de protéger » que nous, Français, baptisons plutôt « devoir d’ingérence ».
    Les auteurs distinguent, avec Noam Chomsky, les « massacres constructifs » qui servent les intérêts des Etats-Unis, les « massacres bénins » imputables aux alliés ou clients des Etats-Unis, les « massacres néfastes » dont sont responsables des pays qui sont dans la ligne de mire des Etats-Unis, massacres qui peuvent être « mythiques » lorsqu’ils sont virtuels, voire fabriqués.
    La méthode consiste à confronter la sémantique des médias à propos d’un certain nombre de conflits récents (Irak, Ex-Yougoslavie, Kosovo, Rwanda, République démocratique du Congo, Darfour…) et la réalité du terrain, schématiquement de comparer le nombre de fois où les médias ont utilisé le terme « génocide » et le nombre de morts prouvés ou estimés.
    Cette arithmétique un peu macabre donne des résultats parlants. Ainsi les auteurs ont recensé :
- pour le Rwanda, 800 000 morts pour 3199 utilisations du terme « génocide », soit un ratio de 1/250,
- pour la République démocratique du Congo, 5 400 000 morts pour 17 utilisations du terme « génocide », soit un ratio de 1/317 647 !
    Cette simple comparaison donne à réfléchir.
    Il n’et pas dans notre propos de nous engager en faveur ou contre les thèses des auteurs, mais par sa rigueur méthodologique, cet ouvrage mérite d’être lu avec attention, ne serait-ce que pour la partie consacrée au Rwanda et à la République démocratique du Congo qui illustre très bien ce que sont un massacre néfaste (le génocide des Tutsis) et des massacres bénins (les massacres perpétrés par le FPR et la déstabilisation du Congo).
    Les auteurs présentent un résumé parfaitement clair de cette crise qui dure depuis vingt ans et démontent à partir d’une multitude de documents le jeu des acteurs, rejoignant largement les thèses de Pierre Péan dans « Carnages ».
    Qu’on nous permette une petite citation :
    « Des mensonges grossiers sont à présent totalement institutionnalisés sur le Rwanda et font désormais partie intégrante de l’idée (fausse) que les Occidentaux se font de cette période. En réalité, Paul Kagamé compte parmi les plus grands exterminateurs de notre époque. Et cependant, grâce à l’extraordinaire assemblage de mythes qui l’entoure, il jouit d’une immense popularité auprès de son parrain à Washington et son image de boucher est devenue celle d’un sauveur vénéré qui mérite un solide soutien de l’Occident. »
   On ne saurait mieux dire.

Michel FRUCHARD

 
RWANDA un autre regard
02-10-2012

MADELEINE RAFFIN LIVRE SA PART DE VÉRITÉ

Saint-Lieux-lès-Lavaur, petite commune de près d’un millier d’habitants dans la campagne du Tarn, est bien connue des amis que le diocèse de Gikongoro (Rwanda) compte aux quatre coins de la France. C’est là qu’est établi le siège social de l’association du même nom, dont la vice-présidente de France-Turquoise, Madeleine Raffin est la cheville ouvrière, l’infatigable animatrice. Les amis de Gikongoro et ceux du Rwanda plus globalement s’y retrouvent nombreux chaque année pour une rencontre ponctuée par un repas qui met à l’honneur la gastronomie rwandaise.
 
Cette tradition a été respectée, le 8 septembre, avec une rencontre qui a pris un relief particulier. En effet, elle a été l’occasion d’une célébration à la mémoire de Mgr Augustin Misago, premier évêque du diocèse de Gikongoro décédé en avril dernier, ainsi que de la présentation du livre publié par Madeleine Raffin aux Éditions Sources du Nil, sous le titre Rwanda : un autre regard.
 
Ce livre publié dans la collection « Mémoire collective » est, comme le sous-entend son titre, une invitation à porter « un autre regard » sur le « Pays des mille collines ». Avec pour fil conducteur le témoignage de l’auteur, sous la forme d’un retour sur les années, de 1968 à 1997, qu’elle a consacrées au Rwanda : presque trente années de sa vie, parmi les Rwandais, au service des Rwandais, dans le cadre d’un engagement vécu au diapason de leurs attentes, en communion avec eux dans leurs aspirations à la paix et au développement.
 
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LA GUERRE DU KIVU
10-08-2012

Paul Kagame est-il allé trop loin ?
La communauté internationale commence à prendre conscience de l’étendue des responsabilités du Rwanda dans la situation catastrophique de cette région.
Kigali perd peu à peu ses plus fidèles appuis.

On le sait, le Nord-Kivu est le théâtre d’une guerre larvée depuis la prise de pouvoir du FPR à Kigali et l’exode des hutus. Cette guerre a connu des épisodes aigus, notamment quand, avec l’appui du Rwanda et de l’Ouganda, Joseph-Désiré Kabila a pris le pouvoir à Kinshasa.
Depuis, les troubles ont continué, entretenus par des voisins très intéressés sous le regard plus ou moins complice des appuis traditionnels du régime de Kigali et permettant le pillage fructueux des richesses de cette région.
La guerre traverse une nouvelle phase critique depuis que le M23, mouvement rebelle rallié au pouvoir central congolais, est retourné à la dissidence, a bousculé les forces armées congolaises et marche sur Goma, provoquant un nouvel exode et de nouveaux massacres.
Rien de bien neuf, dira-t-on, c’est comme d’habitude. Eh bien si, car dans un rapport de l’ONU du 26 juin 2012, le groupe d’experts de la MINUSCO accuse le Rwanda de soutenir le M23 en fournissant « des armes, du ravitaillement militaire et de nouvelles recrues ».
Cette fois, Paul Kagame a beau accuser, selon son habitude, Steve Hege, coordinateur du groupe des experts de la MINUSCO, de révisionnisme pro-génocidaire et qualifier ces allégations de « ridicules et insensées », l’ONU appelle tous les pays de la région à « coopérer activement » pour stopper le M23 et, dans une déclaration du Conseil de sécurité, condamne « tout appui extérieur apporté » à la rébellion congolaise dans le Nord-Kivu et demande au M23 de cesser « toute avancée vers la ville de Goma ».
Parallèlement, les appuis traditionnels du régime de Kigali ont commencé à faire défection :
- le 27 juillet, les Pays-Bas ont suspendu leur aide au Rwanda tandis que les pays scandinaves reportaient leur aide budgétaire et que la Grande-Bretagne manifestait sa perplexité ;
- le 28 juillet, c’était au tour de l’Allemagne de suspendre son aide tandis que la France appelait à une déclaration du Conseil du de sécurité par la voix de Yamina Benguigui, ministre de la Francophonie ;
- le 29 juillet enfin, les Etats-Unis gelaient leur aide militaire au Rwanda.
Bref, le vent tourne pour Paul Kagame qui apparaît de plus en plus clairement pour ce qu’il est, un grand manipulateur qui, depuis les origines, utilise le génocide et le mensonge pour masquer la réalité de son pouvoir et de sa politique.
On pourra consulter avec intérêt :
- l’annexe au rapport des experts sur :
- 1 article de Jeune Afrique sur :

 

http://www.jeuneafrique.com/Article/DEPAFP20120729120807/?utm_source=feed

burner&utm_medium=twitter&utm_campaign=Feed%3A+jeune_afrique_Politique+%28Jeune+Afrique+Politique%29

-article dans le monde

http://www.lemonde.fr/afrique/article/2012/08/10/face-a-l-ingerence-du-rwanda-rdc

-les-pays-occidentaux-reduisent-leurs-aides_1744660_3212.html

-digitalcongo
  http://www.digitalcongo.net/article/85832

-slateafrique

http://m.slateafrique.com/92751/rwanda-paul-kagame

 
Après les « révélations » de « Libération » sur l’attentat contre l’avion du président Habyarimana
24-07-2012

    Chacun se souvient du « scoop » de « Libération » révélant que les Forces armées rwandaises auraient possédé des missiles sol-air Mistral de fabrication française (voir notre article du 21-06-2012).
    Dans le numéro 31 de « L’Afrique réelle », le professeur Bernard Lugan consacre un dossier complet à cette affaire avec l’appui de l’amiral François Jourdier et du colonel Michel Robardey. Leur analyse très serrée et parfaitement étayée démonte méthodiquement la supercherie.
    Nous vous invitons à lire ci-dessous ce dossier que nous publions avec l’autorisation de Bernard Lugan.
M.F.

afriquereelle31 (4 MB)

tableau comparatif des matériels detenus par les FAR (142 KB)

 
A propos du Kivu
24-07-2012
 Progressivement le drame épouvantable qui frappe le Kivu depuis tant d’années commence à émouvoir (légèrement) la communauté internationale. On commence à pointer du doigt le rôle du Rwanda et de son président dans cette tragédie. Leur fidèle soutien, les Etats-Unis, pourrait bien les lâcher.
    Hervé Cheuzeville s’indigne de tout ce temps perdu.
 
 Kivu : une tragédie sans fin  -   http://cheuzeville.net     
  
La « communauté internationale » semble décidément avoir la mémoire très courte et l’indignation bien sélective. En Syrie, les médias internationaux nous rapportent chaque jour le nouveau bilan des atrocités qui s’y déroulent. On en vient presque à se demander comment une comptabilité aussi macabre que précise peut être tenue. À en croire nos hommes politiques et nos grands journalistes, il semblerait bien que l’on ait trouvé l’incarnation du mal absolu, le substitut de Saddam Hussein et de Kadhafi : Bachar el-Assad. On voudrait nous faire croire que le départ de ce dernier résoudrait tous les problèmes, comme on a voulu nous faire croire, voici dix ans, que la fin du régime de Bagdad apporterait bonheur et démocratie au peuple irakien, ou, l’an passé, que l’élimination du « Guide » ramènerait la paix et la sécurité aux populations libyennes. On a vu ce qu'il en est advenu. On a oublié de nous informer qu’en Syrie, la situation est encore plus complexe qu’en Irak ou qu’en Libye, et que la chute du régime risque fort de plonger le pays – et la région – dans un chaos bien plus important que celui qui prévaut sur les bords du Tigre et de l’Euphrate ou dans les vastes étendues désertiques de Cyrénaïque et de Tripolitaine. 
 
Or, il est un pays dont la dramatique actualité ne fait plus, depuis longtemps, la Une de nos grands médias. Sans doute se sont-ils lassés car, depuis 16 longues années, c’est le même scénario qui, inlassablement, se répète. Depuis 1996, tous les deux ou trois ans, une nouvelle « rébellion » surgie des vertes collines du Kivu, s’empare d’une localité après l’autre. Pendant ce temps, l’armée nationale congolaise fuit sans combattre, après s’être préalablement livrée au pillage des bourgades abandonnées. Chaque fois, c’est la population civile qui paye le prix fort de cette tragédie éternellement recommencée. Des hordes de paysans ayant tout perdu, brutalisées par les « rebelles », pillées par les forces censées les protéger, s’élancent dans une fuite éperdue pour tenter de gagner la relative sécurité de camps improvisés, situés à proximité de postes des forces des Nations Unies. Chaque fois, les soudards commettent des exactions à l’encontre de cette population qui n’en peut plus depuis longtemps : tueries, viols, rançonnages, humiliations en tous genres, vols, enlèvements de femmes et d’enfants.
Chaque fois le même scénario se répète ; seuls les sigles de mouvements fictifs et les noms de soi-disant leaders changent. Tout avait commencé, en 1996, avec l’AFDL. Depuis, différentes moutures de RCD sont entrées en scène avant de s'effacer. Le CNDD les a remplacées, précédant le mouvement qui défraie aujourd’hui la chronique d’une guerre toujours recommencée : le M23. Comme toujours, on feint de croire qu’il s’agit d’une nouvelle «rébellion», d’un nouveau mouvement « spontané », alors qu’il s’agit en fait du même groupe qui se cache sous des appellations différentes. Et surtout, on veut ignorer que le grand scénariste et metteur en scène de cette tragédie sans cesse rejouée n’a jamais changé. Son nom est bien connu de tous, on lui déroule le tapis rouge lors de ses fréquentes visites en Occident, on lui décerne des « doctorats honoris causa », on cite son leadership en exemple. Il s’agit, on l’aura compris, de Paul Kagame, général président du Rwanda, arrivé au pouvoir à Kigali en 1994 au terme d’une guerre épouvantable lancée depuis le pays voisin, l’Ouganda. 
Bachar el-Assad aurait eu intérêt à demander des conseils à Paul Kagame. Ce dernier est parvenu à conserver le soutien sans faille des États-Unis et du Royaume-Uni, tout en réprimant son peuple et en asservissant celui d’un grand pays voisin, la République Démocratique du Congo, afin de pouvoir exploiter à sa guise les vastes ressources naturelles de ce pays. Les victimes des guerres de Kagame se comptent par millions. Le président syrien a-t-il fait pire ? Non, bien sûr. Alors pourquoi ce dernier incarne t-il aujourd’hui le mal absolu, tandis que rien n’a jamais été entrepris, depuis 16 ans, pour mettre un terme aux menées destructrices de Paul Kagame ? N’y a-t-il pas là un scandaleux « deux poids, deux mesures » de la part de la « communauté internationale » ? 
 
Depuis dix années, comme d’autres auteurs, j’ai écrit des livres et des articles dans lesquels j’ai en vain dénoncé les crimes de l’homme fort de Kigali. J’en viens, devant le spectacle de cette tragédie qui n'en finit pas, à ne plus avoir l’énergie de continuer à le faire. J’ai en effet l’impression de me répéter, de ne plus savoir me renouveler, de prendre le risque de lasser mes lecteurs. Car ce je décris, ce que je dénonce, c’est la répétition de la même violence, de la même injustice, de la même sauvagerie dont l'instigateur est toujours le même. Aujourd’hui encore, je pourrais égrener les noms de ces localités du Nord-Kivu, Bunagana, Rutshuru et bien d’autres encore, tombées les unes après les autres sans coup férir aux mains de faux rebelles télécommandés depuis Kigali. Je pourrais à nouveau lancer un cri d’alarme pour dire que Goma, le chef-lieu de la province, est en ce moment- même menacé et qu’il risque d’être pris par cette nouvelle « rébellion » fictive. Mais à quoi bon ? Il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre, dit-on. Le gouvernement étasunien a tout fait pour étouffer ou pour censurer un énième rapport d’experts des Nations Unies mettant clairement en cause le régime de Kagame dans le drame qui est en train de se jouer. Des sanctions ne seront jamais votées contre le Rwanda, la CPI n’inculpera jamais son président. On préfère consacrer son énergie à convaincre la Russie et la Chine de cesser d'apporter leur soutien au régime de Damas.
Pauvres Kivutiens, abandonnés à leur triste sort. Ils n’ont vraiment pas de chance. Ils sont pris entre un régime congolais corrompu et malfamé, une classe politique inepte et un petit voisin qui n’a jamais renoncé à élargir son espace vital à leurs dépens. Combien de nouvelles « rébellions » vont-ils encore subir avant que le monde ne finisse par réagir ?
 
Hervé Cheuzeville, 11 juillet 2012
 
(Auteur de trois livres: "Kadogo, Enfants des guerres d'Afrique centrale", l'Harmattan, 2003; "Chroniques africaines de guerres et d'espérance", Editions Persée, 2006; "Chroniques d'un ailleurs pas si lointain - Réflexions d'un humanitaire engagé", Editions Persée, 2010)
Hervé Cheuzeville  

 
L’ONU accuse le Rwanda de participer à la déstabilisation de la République démocratique du Congo.
06-07-2012

 

   C’est dans une annexe de 48 pages au rapport annuel du Comité des sanctions de l’ONU sur la République démocratique du Congo qu’on trouve une mise en cause sévère du Rwanda.

   Le groupe d’experts de l’ONU, se fondant sur les témoignages de 80 mutins déserteurs du mouvement rebelle M23, affirme que les forces armées rwandaises « fournissent du matériel militaire, des armes, des munitions et des fournitures diverses au M23 » tout en apportant aide et protection au général Bosco Ntaganda, recherché par la Cour pénale internationale pour crimes de guerre. Des officiers rwandais assurent aussi le recrutement de soldats au profit du M23.

    Le Rwanda rejette évidemment ces accusations, mais selon le rapport, il n’a pas encore fourni une « quelconque preuve fondée à cet égard ».

    Les masques continuent donc de tomber un à un.

    On peut accéder à une version en français de cette annexe sur  le lien ci dessous

 http://www.veritasinfo.fr/article-l-annexe-du-rapport-des-experts-de-l-onu-sur-la-rdc-rwanda-107727702.html

 
APRES LA DIFFUSION DU TELEFILM "OPERATION TURQUOISE".
05-07-2012
 « Turquoise ou turquoise » où sont les intérêts ?
Nous assistons à une cascade de désinformation » dont le fleuve prend sa source à Kigali et ressort devant l’opinion française : la soi disant place de la France dans le drame qui a ensanglanté le Rwanda : lancer des accusations sans en démontrer une seule.
Ainsi l’affaire dite des « Mistral » voulait faire croire à l’opinion que le Rwanda aurait reçu de la France des missiles qui pourraient avoir abattu l’avion présidentiel le 6/04/94… Gros mensonge orchestré par le journal Libération suivi de près par Le Figaro.
Dans la foulée, toutes sortes de manifestations sont programmées un peu partout en France pour présenter la « culture rwandaise » à la manière des anciens rois du pays à la louange du pouvoir actuel.

C’est dans ce contexte que la télévision vient de ressortir sur France 2 un film déjà présenté en 2007, dénommé « opération turquoise », dont le but était de minimiser l’action de la véritable Opération Turquoise lancée sous mandat de l’ONU du 21 juin au 21 août 1994 – ainsi les majuscules sont devenues des minuscules – et avec cela l’auteur se croit tout permis.

Si cette opération avait pour but d’ « arrêter les massacres et de sécuriser les populations en instaurant une zone humanitaire sûre et d’éviter toute rencontre avec le FPR », elle avait accepté l’omniprésence des journalistes, afin que leur action soit bien connue.
Ce n’est pas ce que nous montre le film. Le journaliste dont le rôle est d’être témoin, prend une place prédominante. Dès le début, il lance aux militaires français : « le génocide a été programmé par ceux que vous avez soutenus ! ». La personne qui prend les photos destinées aux télévisions du monde entier  ne s’intéresse qu’aux atrocités. Ainsi le journaliste et sa comparse monteront à la télévision leur moisson d’horreurs et non l’action courageuse des Français.
Le film cherche à montrer que le rôle des militaires français se borne à effectuer des missions d’observation pour vérifier les dires du gouvernement en place qui affirment que tout le monde est en sécurité, mais sans aucune intervention positive. Leurs interlocuteurs et leurs guides sont le plus souvent des autorités responsables de massacres dont on  trouve des traces et même des armes, mais aussi des survivants. Cependant ils ne sauvent personne, si ce n’est les 800 orphelins de Butare, en permettant aux tueurs d’effectuer une fouille dans le convoi et d’y trouver une personne cachée qui sera brutalement exécutée sur place sous le regard impuissant des chefs militaires français.
On nous parle d’une zone humanitaire sûre sans nous la montrer, car si les Français avaient établi cette zone cela devrait se voir.

Pour le témoin que je suis – et ils sont nombreux prêts à témoigner – cette image ne dit rien de ce que nous avons vu : les dizaines de milliers de tutsis menacés et sauvés par les militaires français, la sécurité revenue pour quelque temps, l’espérance qui revenait dans une population traumatisée par la peur. Mais c’était trop court..

L’image montrée des militaires rwandais n’est pas meilleure,  tous désorganisés et pris de boisson, à part le général, très rapidement aperçu, qui vient demander de l’aide aux Français, ce que leur mandat de stricte neutralité ne leur permet pas.
Le journaliste dira plus loin : « En avril 1994, j’ai vu des militaires français sur les barrages et ils faisaient le tri : l’ennemi commun était le FPR » - pourtant l’armée française s’était retirée en novembre 1993, à la suite des accords d’Arusha.
Pourtant cette légende a la vie dure, elle revient régulièrement dans les « grand messes » organisées par les tenants du pouvoir en place.

Une seule image positive - celle du prêtre qui était resté avec ses chrétiens et n’a pas pu empêcher le pire : « J’ai vu tant de gens mourir que je n’ai plus peur » - image à laquelle je souscris personnellement.

Je ne peux que conseiller au public de se rapprocher des témoins crédibles.

Madeleine RAFFIN
 
 
 
 "RWANDA,UN AUTRE REGARD"
 
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